Le landerneau numérique gabonais est en ébullition. Depuis quelques jours, les réseaux sociaux sont le théâtre de « palabres » d’une violence inouïe entre trois figures de proue de l’activisme en ligne : Jonas Moulenda, la Princesse de Souba et Phoenix. Autrefois unis par une certaine verve contestataire, ces influenceurs se déchirent désormais par lives interposés, s’accusant mutuellement de trahison et de vénalité. Au cœur de cette discorde, le rapprochement avec des figures de proue de «l’opposition », notamment l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze et l’ex-candidat de la plateforme Alternance 2023, Albert Ondo Ossa.
Ce déballage public lève le voile sur les méthodes d’un « activisme » dont les convictions semblent désormais indexées sur les agendas politiques de leurs nouveaux parrains présumés.Cette querelle fratricide n’est pas qu’un simple fait divers numérique ; elle révèle la fragilité d’une sphère d’influence souvent dépourvue de ligne idéologique claire mais au profit de l’argent. Pour les observateurs de la vie politique gabonaise, ces activistes — qualifiés par de nombreux gabonais de « mercenaires du clic et de la faim » — joueraient désormais une partition risquée en monnayant leur audience auprès de leaders en quête de relais d’opinion. En se positionnant comme des intermédiaires entre la base et les élites déchues ou en retrait, ils tentent de maintenir une pertinence médiatique alors que le paysage politique se redessine. Cependant, ces ralliements supposés aux camps de Bilie-By-Nze ou d’Ondo Ossa jettent un doute profond sur l’indépendance de leurs discours respectifs.L’enjeu de ces ralliements est stratégique pour les figures politiques citées. Pour Alain-Claude Bilie-By-Nze, en pleine offensive médiatique, ou pour un Albert Ondo Ossa soucieux de ne pas tomber dans l’oubli, disposer de « hauts-parleurs » numériques permet de maintenir une pression constante sur le pouvoir en place et de saturer l’espace public de narrations alternatives.
Mais cette stratégie du « porte-voix » numérique a un revers : la crédibilité de ces activistes s’effrite à mesure que les intérêts financiers derrière leurs prises de position apparaissent au grand jour. La violence des échanges entre Moulenda, Souba et Phoenix témoigne d’une lutte acharnée pour le leadership de l’opinion numérique, mais aussi pour le partage d’une manne financière supposée occulte.Ce psychodrame digital illustre la dérive d’une certaine forme d’activisme gabonais, passé de la défense des causes populaires à la prestation de services politiques. En s’offrant, selon leurs propres termes de dispute, au plus offrant ou au plus influent, ces acteurs décrédibilisent la fonction de contre-pouvoir qu’ils prétendaient incarner. Le peuple gabonais, spectateur désabusé de ces règlements de comptes, semble de moins en moins dupe de ces joutes oratoires théâtralisées. Alors que le pays appelle à un débat de fond sur son avenir, ces activistes risquent de s’enfermer dans une marginalité bruyante, sacrifiant leur honneur sur l’autel d’ambitions personnelles et de mercenariat politique.


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