Le Palais du Bord de mer est-il devenu l’unique «salle de classe» capable de ramener le calme ? Alors que les syndicats de l’Éducation nationale durcissent le ton,Brice Clotaire Oligui Nguema se retrouve en première ligne. Face à une base enseignante exaspérée par des décennies de promesses non tenues, le chef de l’État apparaît comme le seul interlocuteur jugé crédible par les partenaires sociaux. Pour le locataire de la présidence, l’enjeu est de taille : préserver la paix sociale tout en prouvant que l’ère de la « restauration des institutions » s’applique aussi aux conditions de vie des fonctionnaires.
Dans les couloirs du ministère de l’Éducation nationale, l’ambiance est à la crispation. Malgré les tentatives de dialogue entamées par la tutelle, le fossé se creuse. Les griefs sont connus : régularisation des situations administratives, paiement des rappels de solde et vétusté des infrastructures scolaires. Pour les leaders syndicaux, les réformes annoncées peinent à se matérialiser sur le bulletin de paie, transformant le ministère en une forteresse assiégée où les négociations piétinent, faute de garanties financières immédiates.Cette paralysie met en lumière l’hyper-présidentialisation de la résolution des conflits au Gabon. En court-circuitant l’échelon ministériel pour en appeler directement à l’arbitrage du chef de l’État, les enseignants misent sur la « méthode Oligui » : des décisions tranchées et une exécution rapide. Cependant, cette stratégie de recours systématique au sommet de l’État souligne également la fragilité d’un gouvernement qui peine à s’imposer comme un tampon efficace entre les revendications populaires et le premier citoyen du pays.
L’heure de vérité approche pour le secteur éducatif, pilier central du développement national. Si le Chef de l’État a su, par le passé, débloquer des situations complexes par des gestes symboliques forts, la pérennité du système repose désormais sur une réforme structurelle profonde. Pour éviter une année blanche et maintenir la dynamique de confiance, Oligui Nguema devra transformer son rôle de pompier social en celui d’architecte d’un nouveau contrat entre l’État et ses enseignants, loin des mesures d’urgence et des effets d’annonce.


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