Le passage d’Alain-Claude Bilie-By-Nze sur le plateau de TV5 Monde n’en finit pas de faire des vagues à Libreville. Si l’ancien Premier ministre d’Ali Bongo Ondimba a tenté de revêtir les habits neufs de l’opposant lucide, il s’est heurté à une fin de non-recevoir cinglante de la part de l’honorable députée Justine Lekogo. Pour l’élue, la tentative de métamorphose de l’ancien « porte-flingue » du régime déchu relève d’une amnésie politique préoccupante. En soulignant qu’on ne peut se présenter comme le remède après avoir été le cœur du mal pendant vingt ans, elle pointe du doigt le paradoxe d’un homme qui fustige aujourd’hui un système qu’il a non seulement servi, mais surtout théorisé et défendu jusqu’à ses derniers instants.
Sur le terrain glissant de la dette publique, l’argumentaire de l’ancien locataire de la Primature est passé au crible d’une rigueur comptable implacable. Contrairement aux allégations d’une « explosion » récente de l’endettement, les chiffres hérités de la gestion Bilie-By-Nze parlent d’eux-mêmes : à son départ en août 2023, la dette culminait déjà à 70,5 % du PIB, franchissant les lignes rouges de la Cemac. Avec des arriérés abyssaux représentant 12,6 % de la richesse nationale, le passif laissé par l’ex-Premier ministre est moins le fruit d’une conjoncture que celui d’une gestion structurelle opaque, faite de dépenses extrabudgétaires et de primes non financées. En quittant ses fonctions avec un tel fardeau, l’ancien Premier ministre apparaît davantage comme l’architecte de l’impasse financière que comme un simple spectateur des dérives actuelles.La crise de l’éducation nationale offre un autre exemple frappant d’incohérence politique. Alors que les syndicats réclament la régularisation de 27 000 situations administratives, Justine Lekogo rappelle que ces dossiers n’ont pas surgi par enchantement. Ils étaient déjà sur le bureau d’Alain-Claude Bilie-By-Nze lorsqu’il dirigeait le gouvernement.
La députée interroge avec force le silence budgétaire de l’époque : pourquoi ces régularisations, aujourd’hui réclamées à grands cris sur les médias internationaux, n’ont-elles jamais été inscrites dans les lois de finances qu’il a lui-même pilotées ? La différence de méthode est ici fondamentale : là où l’ancien régime se contentait de promesses orales sans provision, la programmation actuelle intègre pour la première fois un calendrier de paiement pluriannuel et budgétisé, marquant le passage d’une gestion de façade à une gouvernance de responsabilité.Sur le volet de la crédibilité internationale et de l’exclusion de l’Agoa, l’analyse de Justine Lekogo déconstruit le récit d’une disgrâce soudaine. Le déclassement du passeport gabonais et les restrictions de visas américains sont présentés comme le solde de tout compte de vingt années de dérives administratives — faux passeports et naturalisations de complaisance — sous l’ère Bongo. En dénonçant aujourd’hui un luxe ostentatoire qu’il a lui-même promu, Alain-Claude Bilie-By-Nze semble s’enfermer dans une posture de « recycleur du passé » que l’opinion gabonaise rejette massivement. Le message de la députée est clair : le Gabon n’est plus dupe des jeux de miroirs et attend désormais une vérité historique que seule la cohérence entre les actes passés et les paroles présentes peut garantir.


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