Dans les couloirs des lycées de Libreville comme dans les écoles de l’arrière-pays, un constat s’impose avec amertume : l’Association des Parents d’Élèves (APE) n’est plus seulement ce trait d’union pédagogique entre les familles et l’administration. Elle s’est muée, par la force des choses, en une véritable « caisse de secours » pour un système éducatif sous perfusion. Initialement dévolues à l’amélioration du cadre de vie scolaire, les cotisations des parents servent désormais, dans une proportion alarmante, à rémunérer les enseignants vacataires et le personnel d’appoint.
Ce glissement de fonction, s’il permet de maintenir les salles de classe ouvertes, soulève une question de fond : l’État n’est-il pas en train de déléguer, en toute discrétion, sa mission régalienne de financement de l’éducation aux ménages gabonais ?Cette situation met en lumière les failles structurelles du recrutement et de la gestion des ressources humaines au sein du ministère de l’Éducation nationale. Malgré les récentes annonces de régularisation de 148 enseignants issus de l’ENS et de l’ENSET, le déficit de personnels qualifiés sur le terrain reste criant. Pour combler les vides dans les emplois du temps, les proviseurs n’ont d’autre choix que de solliciter les fonds des APE pour s’attacher les services de vacataires, souvent précaires et sans formation pédagogique formelle.
Ce système de « bricolage » institutionnel crée une éducation à deux vitesses, où la qualité de l’enseignement dépend directement de la capacité financière des parents d’un établissement donné à lever des fonds, accentuant ainsi les inégalités territoriales.Face à cette dérive, le malaise grandit au sein des fédérations de parents d’élèves qui refusent d’être les « banquiers de l’ombre » du gouvernement. Si le Palais du Bord de Mer affiche une volonté de dialogue permanent avec les partenaires sociaux, le dossier des APE reste un point de friction majeur. En transformant une contribution volontaire en une taxe de fait destinée au fonctionnement de base des écoles, les autorités s’exposent à une fronde sociale d’un nouveau type. Entre l’urgence de la mise en solde des nouveaux sortants et la nécessité de moderniser les infrastructures, Libreville doit impérativement reprendre la main sur le financement direct de ses enseignants, sous peine de voir le contrat social scolaire se rompre définitivement sous le poids des factures.


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