L’ambiance est aux crampons dévissés du côté d’Owendo. Alors que le processus électoral de la Fédération gabonaise de football (Fegafoot) devrait être une fête du sport, il a pris les traits d’une fronde ouverte. Rémy Ebanega et Parfait Eyi, figures respectées de l’époque dorée des Panthères, sont sortis de leur réserve pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « processus de la forfaiture ». En arborant fièrement le vert-jaune-bleu, ces anciens cadres de la sélection ne se contentent plus de critiquer en coulisses ; ils portent désormais le fer contre une gouvernance qu’ils jugent à bout de souffle.
Pour Rémy Ebanega, le diagnostic est sans appel : les instances chargées d’organiser le scrutin brillent par leur incompétence. L’ancien défenseur central, connu pour son franc-parler, n’hésite pas à interpeller directement le ministère des Sports pour siffler la fin de la récréation. Sa crainte, partagée par une large frange des acteurs du ballon rond, est de voir une élection verrouillée d’avance, empêchant tout renouvellement des élites sportives. En appelant à l’arrêt immédiat de la machine électorale, il se pose en défenseur d’un football gabonais en quête de transparence.Sur le terrain de la contestation, Parfait Eyi ne décolère pas. Pour lui, la Fegafoot est devenue une institution « prise en otage » par des intérêts qui dépassent le simple cadre du rectangle vert. Les slogans brandis par leurs sympathisants — « Non à la fraude électorale », « Football en danger » — illustrent une fracture profonde entre le sommet de la pyramide et la base. Cette mobilisation n’est pas qu’une simple humeur d’anciens joueurs, c’est le cri d’une corporation qui refuse de voir son héritage spolié par des manœuvres de confiscation du pouvoir.Cette crise de gouvernance intervient dans un climat social où l’exigence de probité est devenue la règle au Gabon.
Les manifestants dénoncent un système qui, selon eux, favoriserait la reconduction automatique de l’équipe sortante au mépris des textes et de l’éthique sportive. En pointant du doigt les risques de fraude, Ebanega et ses alliés mettent la pression sur les autorités de tutelle pour qu’elles garantissent un scrutin équitable. Pour ces anciens internationaux, il s’agit de sauver ce qui reste de crédibilité à une fédération souvent malmenée par les scandales.L’issue de ce bras de fer reste incertaine, mais le signal envoyé est limpide : le football gabonais ne pourra pas se réformer sans ses légendes. En se dressant contre le comité d’organisation, les anciens internationaux forcent le dialogue et placent le ministère devant ses responsabilités. Reste à savoir si ce ras-le-bol sera suivi d’une véritable remise à plat du système ou si, comme souvent dans les instances sportives continentales, le conservatisme l’emportera sur la volonté de changement. Pour l’heure, le match pour le contrôle de la Fegafoot se joue dans la rue, et le score est loin d’être acquis.


Commentaires