La scène politique gabonaise s’anime autour d’un débat de fond : la durée du mandat présidentiel. Dans une récente sortie, l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze a fustigé le passage au septennat, jugeant cette période trop longue pour l’exercice du pouvoir. Une posture drapée dans des oripeaux démocratiques,qui traduirait surtout une résistance psychologique au changement. Gouverner, rappellent les partisans de la nouvelle Constitution, exige de tenir un cap sur le long terme, loin des cycles électoraux trop rapprochés qui favorisent l’instabilité et empêchent les réformes structurelles d’aboutir.
Le choix des sept ans n’a pourtant rien d’une anomalie institutionnelle : il est le fruit d’un processus souverain désormais clos. Invoquer l’alternance pour contester cette durée relève, pour beaucoup, d’une gymnastique rhétorique risquée. Vouloir remettre en cause ce calendrier reviendrait à replonger le Gabon dans un cycle d’instabilité permanente — nouveaux dialogues, nouvelles transitions — alors que le pays semble avoir soif de prévisibilité. Le respect de la règle constitutionnelle est ici présenté comme le seul rempart contre le chaos et le retour à la case départ.Derrière cette joute intellectuelle se profilent des enjeux plus personnels et juridiques. Alain-Claude Bilie-By-Nze est notamment attendu sur le terrain de la reddition des comptes, une exigence de transparence qui s’applique à tout candidat à la magistrature suprême. Alors que ses concurrents se sont pliés à l’exercice de justification de leurs comptes de campagne, le retard de l’ancien Premier ministre alimente les soupçons d’une manœuvre de diversion.
Dans une démocratie qui se veut sérieuse, contester le cadre temporel pourrait n’être qu’un paravent pour masquer une fragilité face aux futures échéances électorales, notamment celle de 2032.Enfin, la réalité des chiffres s’impose au jeu politique : la nouvelle loi sur les partis, exigeant une base nationale et des élus, menace de disparition les formations incapables de justifier d’un ancrage réel. Ce n’est ni de l’arbitraire, ni de la persécution, mais l’application stricte d’un cadre normatif visant à rationaliser la vie publique. Le Gabon semble ainsi engagé dans une voie où les ambitions personnelles doivent désormais s’effacer devant la rigueur de la loi. À l’approche des grands rendez-vous, le choix est simple pour les acteurs politiques : se conformer aux règles de la République ou s’exposer à une marginalisation inévitable.


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