À Booué et Ovan, les équipes du Samu social gabonais ont mené une opération coup de poing les 9 et 10 janvier. Entre lutte contre le paludisme et prise en charge du VIH, le coordinateur national Dr Wenceslas Yaba et ses « hommes en jaune » confirment leur rôle de filet de sécurité pour les populations rurales.Dans les bureaux climatisés de Libreville, les statistiques sanitaires sont des chiffres. Sur les pistes poussiéreuses de l’Ogooué-Ivindo, elles ont un visage : celui de la précarité absolue. Parti de la capitale au petit matin du 9 janvier, un convoi de six véhicules chargés de médicaments et de vivres a rallié le centre du pays pour une mission d’urgence qui a soigné, en quarante-huit heures, 663 Gabonais.

Une géographie de l’urgence:
Le déploiement a été millimétré. Après avoir franchi Koumameyong, les équipes se sont scindées en deux colonnes pour couvrir simultanément Booué (401 patients) et Ovan (262 patients). Une logistique de guerre contre la maladie, nécessaire pour atteindre des zones où l’offre de soins permanente peine parfois à répondre à la demande.Sur place, le constat clinique est sans appel. Les laboratoires mobiles du Samu social ont révélé une situation alarmante : 78 % de la population consultée est atteinte de paludisme. Plus grave encore, le dépistage volontaire a permis d’identifier un taux de 9 % de positivité au VIH/Sida. « Comment ne serions-nous pas venus ? », interroge-t-on au sein du convoi. « Ces populations n’ont pas d’autre choix que d’attendre ces caravanes pour accéder à des spécialistes. »
Un cocktail médico-social:
Au-delà de la médecine de spécialité — six disciplines médico-chirurgicales étaient représentées — l’opération a révélé l’imbrication profonde entre crise sanitaire et détresse sociale. À Booué comme à Ovan, le Samu social n’a pas seulement distribué des comprimés ; il a également apporté une aide alimentaire d’urgence à des familles en situation de rupture nutritionnelle.L’accueil réservé par les autorités locales, notamment le préfet du département de la Lopé et les élus locaux, témoigne de l’importance de ces interventions. Pour les habitants des petits villages environnants, l’arrivée du « Samu » est perçue comme un événement quasi providentiel, une rare occasion de bénéficier d’un plateau technique moderne (biologie mobile) sans avoir à débourser le moindre franc.
Le « signe indien » brisé:
Malgré des pistes difficiles et un départ aux aurores, l’organisme humanitaire national entend s’inscrire dans la durée. Cette incursion dans l’Ogooué-Ivindo n’est pas un acte isolé : les équipes ont déjà annoncé leur retour prochain pour assurer le suivi des traitements initiés, notamment pour les nouveaux patients sous trithérapie et les cas de paludisme sévère.Dans un pays où l’accès aux soins de spécialité reste un défi majeur pour l’arrière-pays, le Samu social gabonais continue de cultiver sa singularité : une réactivité de commando au service d’une mission de service public.


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