Chaque année, l’effervescence des concours d’entrée aux grandes écoles gabonaises ne se limite pas aux salles d’examen ; elle génère également une manne financière substantielle qui interroge l’opinion publique. En juillet 2024, le gouvernement a certes pris une mesure forte en plafonnant les frais de dossier à 10 000 FCFA pour les établissements publics, contre 20 000 FCFA auparavant, afin de soulager le panier de la ménagère. Cumulés sur des dizaines de milliers de postulants, ces montants constituent un trésor de guerre dont la destination finale manque souvent de lisibilité.En théorie, ces fonds sont collectés par l’Agence Comptable des Grandes Écoles et doivent être reversés au Trésor Public.
Ils sont censés couvrir l’organisation matérielle des épreuves : location de centres, impression des sujets, surveillance et correction. Pourtant, des voix s’élèvent pour dénoncer une répartition jugée opaque, où une part significative de ces recettes serait redistribuée sous forme de primes aux administrations de tutelle. Cet argent devrait servir pour le fonctionnement de ces grandes écoles. Pendant ce temps, les étudiants de certains établissements emblématiques, comme l’ENAM, continuent de manifester pour réclamer le paiement d’arriérés de bourses, illustrant un décalage flagrant entre les recettes générées et la précarité des apprenants.L’absence d’un audit public systématique sur ces « revenus de concours » alimente un sentiment d’injustice sociale.
Si les autorités affichent une volonté de transparence et d’accessibilité, l’usage des excédents financiers reste un angle mort de la gouvernance éducative. Dans un contexte où le système sanitaire et les infrastructures scolaires manquent de consommables de base, l’optimisation de cette dépense devient un impératif. Pour Libreville, le défi n’est plus seulement de réduire les frais à l’entrée, mais de garantir que chaque franc versé par les familles gabonaises contribue directement à l’amélioration de la qualité de la formation plutôt qu’à l’entretien de privilèges bureaucratiques.


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