Sur le plateau de France 24, le contraste était saisissant. Face aux accusations de l’ex-Première dame Sylvia Bongo Ondimba, qui affirme avoir subi des actes de torture et de séquestration durant ses vingt mois de détention, la réponse de Libreville ne s’est pas fait attendre. Bertrand Zibi Abeghe, figure de proue de l’opposition sous l’ancien régime et désormais conseiller stratégique du parti présidentiel, a balayé d’un revers de main ce qu’il qualifie de « comédie de très mauvaise facture ». Pour celui qui fut le prisonnier personnel du clan Bongo pendant six ans, l’indignation de l’ancienne « régente » de Libreville sonne comme une insulte à la mémoire collective d’un peuple qu’elle a, selon lui, profondément meurtri.
Le témoignage de Zibi Abeghe, d’une crudité glaçante, visait à mettre en perspective le confort relatif de la détention des Bongo face aux « fosses septiques » du système qu’ils dirigeaient. L’ancien député a longuement décrit son propre calvaire entre 2016 et 2022 : des immersions dans des excréments, des passages à tabac l’ayant conduit trois fois dans le coma, et une isolation totale. En opposant ces sévices documentés aux vidéos diffusées par Noureddin Bongo, l’opposant historique cherche à déconstruire la stratégie de victimisation de l’ancienne famille régnante. Pour lui, si la douleur est universelle, la crédibilité, elle, dépend du passif de celui qui s’en plaint.Au-delà de la joute médiatique et de la bataille judiciaire qui s’annonce à Paris comme à Libreville, l’intervention de Bertrand Zibi Abeghe porte une ambition plus large : celle de clore définitivement le chapitre de l’arbitraire au Gabon.
Tout en contestant la véracité des dires de Sylvia Bongo, il a martelé l’urgence de rompre avec les pratiques de torture, affirmant que de tels traitements « ne doivent plus se reproduire, pour qui que ce soit ». Entre désir de justice et nécessité de réconciliation nationale, le cas Bongo devient ainsi le test ultime pour les nouvelles autorités, sommées de prouver que l’ère de la violence d’État appartient désormais au passé.


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