Au Gabon, le silence numérique imposé par la Haute Autorité de la Communication (HAC) agit comme un électrochoc. Si le diagnostic des autorités — une toile gangrénée par les fake news, le harcèlement et l’usurpation d’identité institutionnelle — fait l’objet d’un consensus tacite, la méthode, elle, interroge. En optant pour une suspension totale, certes provisoire, Libreville s’expose à la critique d’une réponse « chirurgicale au marteau-pilon ». Pour de nombreux gabpnais tels que le communicant Arsene Owono, l’entrepreneur et philantrope Hercule Nze Souala, le défi n’est plus de savoir s’il faut réguler, mais comment le faire sans étouffer un écosystème devenu le poumon de la liberté d’expression et un vecteur de croissance pour la jeunesse.
L’exemple vient d’ailleurs, et le Gabon regarde avec attention les laboratoires législatifs étrangers. En France, les rapports parlementaires sur l’impact de TikTok ouvrent la voie à des restrictions d’âge et à l’interdiction des écrans à l’école, traitant le réseau social comme un enjeu de santé publique. Sur le continent, la Côte d’Ivoire avec sa PLCC et le Bénin avec son Centre national d’investigations numériques ont déjà franchi le pas de la spécialisation judiciaire.Selon ces acteurs de la vie publique, ces modèles prouvent qu’une police du bit (et non du bâillon) permet de traquer l’arnaqueur et le diffamateur sans pénaliser l’internaute lambda, faisant de la cybersécurité un bras armé de l’État plutôt qu’une barrière.Car derrière l’écran, c’est toute une économie qui vacille. Pour la nouvelle génération de créateurs de contenus, web-humoristes et gestionnaires de pages, les réseaux sociaux ne sont pas des gadgets, mais des outils de production. À l’instar de la machette du cultivateur, qui peut blesser mais reste indispensable aux récoltes, le Web est le support des nouveaux métiers du tertiaire gabonais.
De la promotion touristique au rayonnement culturel, couper le signal revient à éteindre la vitrine du pays à l’international, tout en privant les institutions elles-mêmes de leur canal de communication le plus réactif.In fine, cette décision de la HAC pourrait, paradoxalement, être le point de départ d’un « Grenelle du numérique » gabonais. En révélant la dépendance vitale de la société à ces plateformes, elle force l’ouverture d’un débat national sur l’usage responsable. L’enjeu pour Libreville est désormais de transformer cette mesure d’urgence en une régulation intelligente qui garantisse la « transpiration » de la nation — cette liberté d’expression essentielle — tout en l’encadrant par une responsabilité individuelle stricte. Entre la sécurité de l’État et la vitalité des pixels, le Gabon cherche le curseur d’un contrat social 2.0.


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