L’espace public gabonais est aujourd’hui secoué par un constat amer : la valeur d’un individu semble croître de manière exponentielle dès lors qu’il s’éteint. Ce cri du cœur dénonce une société où l’hypocrisie est devenue la règle, transformant la reconnaissance en un exercice posthume. Le spectacle désolant des hommages numériques, où les photos de disparus inondent les réseaux sociaux comme s’il s’agissait d’un jeu-concours, interroge la sincérité de nos liens.
Pourquoi attendre que les rideaux se ferment définitivement pour célébrer ceux que l’on ignorait ou que l’on critiquait de leur vivant ?Cette métamorphose du Gabon, autrefois terre de solidarité authentique, inquiète les observateurs qui voient dans ce phénomène une perte de repères alarmante. L’amour et le respect entre les jeunes semblent s’être dissous dans une quête de visibilité macabre, où l’on ne reconnaît la lumière de l’autre que lorsqu’elle s’éteint. Ce sentiment de peur face à une société qui ne s’aime plus que par procuration funèbre est un signal d’alarme : le Gabon que nous avons connu, fondé sur l’appréciation réelle du prochain, s’efface au profit d’une mise en scène de la douleur.
L’heure est à la méditation collective pour sortir de cette spirale de l’hypocrisie. Redonner de l’importance aux gens de leur vivant, valoriser leurs talents et leurs efforts ici-bas, est la seule voie pour restaurer la dignité de notre vivre-ensemble. Après la vérité, il n’y a plus rien, et la vérité aujourd’hui nous impose de regarder en face cette dérive pour changer de paradigme. Il est temps de célébrer nos frères et sœurs tant qu’ils peuvent encore nous entendre, car un hommage tardif n’est que le reflet d’une conscience qui cherche à se donner bonne figure.


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