Alors que le modèle gabonais de secours d’urgence fait face à des critiques sur sa gestion humaine et technique, son coordonnateur général, le Dr Wenceslas Yaba, sort du silence. Entre chiffres chocs sur la pauvreté et réorganisation des effectifs, il défend un bilan qu’il juge saboté par « la calomnie des incapables ».Au Gabon, le Samu social n’est pas qu’un service d’urgence ; c’est un baromètre social. Dans un pays où, selon les données de la Banque mondiale citées avec insistance par le Dr Wenceslas Yaba, 34,5 % de la population vit avec moins de 500 FCFA par jour, la gratuité des soins n’est pas un luxe, mais une condition de survie.
Pourtant, l’institution est aujourd’hui sous le feu des projecteurs, non pas pour ses interventions, mais pour ses remous internes.Le défi des « volontaires » et le spectre du chômage:​Le cÅ“ur du problème réside dans une équation administrative complexe. Historiquement, pour intégrer le Samu social, le statut de fonctionnaire est requis. Or, face à l’urgence, un système de « vacations sur bons de caisse » a été instauré sous l’ère Biyoghe Mba pour mobiliser des volontaires.​Mais le constat dressé par le Dr Yaba est sans appel : sur 505 volontaires, 328 manqueraient à l’appel à l’intérieur du pays. « Certains n’habitent même pas dans les villes où ils sont affectés », s’insurge-t-il. Pour 2026, la direction annonce une purge : réorganiser les ressources humaines pour offrir ces places aux nombreux Gabonais en quête d’emploi. Une manière de répondre à la « médiocrité » ambiante par une culture du résultat.
Une vitrine politique sous protection présidentielle:​
Si le Samu social fait autant de bruit, c’est aussi parce qu’il est devenu l’un des fers de lance de la politique sociale du président de la Transition, le général Brice Clotaire Oligui Nguema. En un an et demi, onze nouvelles structures ont été déployées sur le territoire.​Pour Wenceslas Yaba, cette visibilité dérange les intérêts privés. Il pointe du doigt ceux qui souhaiteraient voir disparaître le volet médical du Samu social pour rediriger les 3 000 patients quotidiens vers le secteur privé. « On veut que les Gabonais aillent payer dans 600 cliniques alors qu’ils sont pauvres », dénonce-t-il, rappelant que l’hôpital public ne peut absorber seul cette demande par une « génération spontanée ».Transparence et « mentalités à revoir »:​Accusé parfois sur la provenance des médicaments, le coordonnateur se veut transparent : les stocks envoyés en province proviennent de Pharmagabon ou sont validés par la Direction du médicament (DMP).
Pour lui, le débat est ailleurs, dans une « haine envers les innocents » et une culture de la réunionnite qui freinerait ceux qui agissent sur le terrain 24h/24.​« La 5ème République ne sera pas celle de la haine », martèle-t-il, tout en invitant ses détracteurs à montrer, eux aussi, des résultats palpables au peuple. Malgré les attaques, l’homme reste serein, invoquant sa foi et la satisfaction des populations démunies comme seul juge de paix. Au Gabon, le dossier du Samu social est loin d’être clos, mais Wenceslas Yaba a choisi son camp : celui de la « visibilité » contre l’ombre des bureaux.


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