C’est un dossier qui pèse lourd dans l’inventaire des rendez-vous manqués de la décennie écoulée. Le Centre de formation aux métiers du transport et de la logistique d’Akanda, fruit d’une coopération Sud-Sud prestigieuse lancée en 2015 par le Roi Mohammed VI et l’ancien exécutif, demeure aujourd’hui un symbole d’immobilisme. Alors que les murs de ce complexe de 4 600 m² sont sortis de terre depuis bien longtemps, les portes du savoir restent scellées, laissant en suspens les espoirs d’une jeunesse gabonaise en quête de spécialisation technique.
L’enjeu de ce centre dépasse pourtant la simple infrastructure scolaire. Dans un Gabon qui s’est doté d’un Plan National de Développement (PNCD 2026-2030) ambitieux, la logistique est érigée en moteur de croissance. Disposer d’une main-d’œuvre qualifiée, capable de piloter les flux de marchandises au sein du Port d’Owendo ou de la Zone Spéciale Économique de Nkok, est une nécessité vitale. L’absence d’activité dans ce « joyau d’Akanda » crée un goulot d’étranglement : l’expertise est là, le bâtiment est prêt, mais la transmission, elle, est aux abonnés absents.Ce blocage opérationnel illustre le défi de la gestion post-construction. Si la 5e République multiplie les « Chantiers de la République » avec succès, le cas du Centre Mohammed VI rappelle que bâtir ne suffit pas ; il faut animer. Le retard à l’allumage de ce fleuron technologique pose la question de la gouvernance et de l’adéquation entre les grands projets diplomatiques et les réalités administratives locales. Pour les autorités de la République, la réouverture de ce dossier est un impératif pour transformer ce monument de pierre en une véritable usine à compétences.
À l’heure où Libreville affiche sa volonté de restaurer ses institutions et de valoriser le génie national, le démarrage effectif de ce centre serait un signal fort. Il ne s’agit plus seulement d’honorer un engagement international, mais de donner aux Gabonais les outils de leur propre souveraineté économique. Car, tant que les salles de classe d’Akanda resteront vides, le rêve du Gabon comme hub logistique régional gardera un goût d’inachevé, rappelant que la modernité d’un pays se mesure moins à la hauteur de ses murs qu’à la qualité de sa formation.


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