C’est l’un des projets les plus ambitieux de la décennie au Gabon, une prouesse d’ingénierie censée briser l’isolement historique de la capitale économique. Longue de 95 km et ponctuée par les ponts majestueux d’Ozouri et d’Olendé, la route Port-Gentil–Omboué, financée par la China Eximbank et bâtie par la CRBC, est pourtant aujourd’hui sous le feu des critiques. Si la section Forasol-Mbega est attendue pour mars 2026, l’enthousiasme des usagers laisse place à une inquiétude croissante.
En cause : un défaut d’entretien prématuré qui voit la forêt équatoriale reprendre ses droits sur les accotements, transformant cette vitrine de la modernité en un périlleux corridor où la visibilité s’amenuise de jour en jour.Ce relâchement dans la maintenance préventive soulève des questions de fond sur la gouvernance des infrastructures après leur livraison. Alors que des investissements colossaux ont été consentis, l’absence de débroussaillage et le manque de suivi technique menacent de dégrader l’ouvrage bien avant son achèvement complet. Les regards se tournent désormais vers l’appareil administratif : du Fonds d’entretien routier aux directions provinciales de l’Ogooué-Maritime, l’inertie des services compétents suscite l’incompréhension. Dans un pays où la sécurité routière est un enjeu de santé publique, laisser une infrastructure aussi stratégique à l’abandon végétal relève d’une gestion court-termiste qui pourrait coûter cher, tant sur le plan financier qu’humain.Face à ce constat, l’interrogation est sur toutes les lèvres : le salut de la route passera-t-il, une fois de plus, par un arbitrage direct de la Présidence ?
Si la mobilisation du Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, sur les grands dossiers de développement est constante, cette défaillance locale souligne l’urgence d’une responsabilisation des échelons intermédiaires et des conseils départementaux de Bendjé et d’Etimboué. Pour que ce trait d’union terrestre ne devienne pas le théâtre d’une « catastrophe annoncée », le Gabon doit impérativement transformer sa culture de la construction en une culture de la durabilité. L’enjeu est de taille : prouver que le pays est capable non seulement de bâtir des géants de bitume, mais surtout de les faire vivre.


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