Au moment où le Gabon pose les jalons de sa 5ème République, le chantier de la reconstruction nationale se heurte à un adversaire asymétrique : l’infodémie. Dans les méandres de WhatsApp et de Facebook, une guérilla digitale, alimentée par des officines de manipulation et des « fermes à clics », tente de parasiter le récit de la Ve République. Pour Libreville, l’enjeu n’est plus seulement institutionnel, il est devenu sécuritaire. Face à ce poison de la désinformation, l’érection d’un « bouclier numérique » s’impose désormais comme le préalable indispensable à la stabilité de la future architecture républicaine.
Le coût politique de cette manipulation en ligne est colossal. En ciblant la crédibilité des réformes économiques et en exacerbant les clivages identitaires, les artisans du faux cherchent à briser le pacte de confiance entre le sommet de l’État et la base. Cette stratégie de déstabilisation, souvent téléguidée par des intérêts transfrontaliers, vise un objectif clair : la souveraineté. En saturant l’espace public de narratifs anxiogènes, ces acteurs tentent de maintenir le pays dans une zone de turbulences informationnelles permanentes, freinant ainsi l’élan de la relance nationale.Pour riposter, l’idée d’une « Police digitale » souveraine fait son chemin dans les cercles de réflexion du pouvoir. Loin d’être une simple instance de censure, cette unité spécialisée aurait pour mission de traquer l’imposture là où elle se cache : derrière les faux profils et les serveurs délocalisés. En articulant la surveillance technique et l’application stricte du code du numérique, l’État gabonais pourrait mettre fin à l’impunité de l’anonymat malveillant. L’enjeu est de transformer le cyberespace national, aujourd’hui zone de non-droit, en un territoire régulé où la liberté d’expression ne servirait plus de paravent à la calomnie.
Toutefois, la réponse technologique ne sera qu’un pansement sans une révolution culturelle. La véritable résilience du Gabon passera par l’école, via une éducation massive aux médias dès le plus jeune âge. Apprendre à vérifier une source, décoder un algorithme et débusquer une « deepfake » devient une compétence citoyenne aussi vitale que la lecture ou le calcul. En armant intellectuellement les générations futures, la 5ème République ne se contentera pas de filtrer le faux ; elle bâtira une nation de citoyens numériques conscients, capables de protéger l’âme du Gabon contre toutes les formes de piratage idéologique.


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