Le front social gabonais traverse une zone de fortes turbulences, marquée par la radicalisation du mouvement SOS Éducation. En paralysant la rentrée scolaire depuis début janvier 2026, cette fronde menace désormais de s’étendre aux secteurs névralgiques de la santé et des hydrocarbures. Si les revendications — régularisation des carrières et primes de logement — portent une part de légitimité, leur instrumentalisation interroge. Pour l’exécutif, ce malaise est l’héritage empoisonné de décennies de gestion opaque sous l’ère Bongo-PDG, où l’éducation publique aurait été délibérément sacrifiée au profit d’intérêts privés, transformant l’école en un véritable business confessionnel et familial.
Pourtant, cette exigence de solutions immédiates, moins de cent jours après l’installation de la nouvelle équipe gouvernementale, ressemble davantage à une stratégie de pression qu’à une simple impatience sociale. Réparer un système éducatif délabré demande du temps et de la méthode, loin des raccourcis intellectuels qui imputent au président Brice Clotaire Oligui Nguema les échecs de plus d’un demi-siècle. En multipliant les mesures d’assainissement et la régularisation de milliers de situations administratives, le gouvernement tente de stabiliser un navire en pleine tempête, tout en dénonçant une manipulation délibérée visant à rendre le pays ingouvernable.Cette agitation sociale ne saurait être dissociée d’un contexte géopolitique brûlant. En optant pour une politique de souveraineté économique assumée, marquée par le rachat historique d’Assala Energy par la Gabon Oil Company (GOC) et l’interdiction d’exporter le manganèse brut, le Gabon bouscule des intérêts étrangers solidement ancrés. La volonté d’imposer une transformation locale du minerai heurte frontalement des groupes comme Eramet, dont les infrastructures en Europe dépendent du flux gabonais. Ces actes de rupture, visant à réinternaliser la valeur ajoutée et l’emploi, suscitent inévitablement des résistances qui pourraient s’exprimer par procuration à travers le front syndical.
Face à ce que certains analystes appellent une « riposte par procuration », la lucidité s’impose. L’arrestation récente de figures syndicales comme Marcel Libama et Simon Ndong Edzo a encore crispé le dialogue, alors que le gouvernement a nommé Jean Gaspard Ntoutoume Ayi comme médiateur pour tenter de dénouer l’impasse. Dans ce jeu trouble où le social devient un levier géopolitique, la stabilité nationale devient une responsabilité collective. Le défi pour l’État gabonais est clair : maintenir le cap d’une indépendance économique sans laisser le chaos social saborder les fondations de cette nouvelle souveraineté.


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