Le Gabon ne serait-il pas beaucoup plus riche qu’il n’y paraît ? C’est le constat iconoclaste que dresse la Banque africaine de développement (BAD) dans son dernier rapport de 2025. Alors que la croissance officielle s’est établie à 3,1 % en 2024, portée par les piliers traditionnels du pétrole et du BTP, l’institution panafricaine révèle une sous-évaluation structurelle de l’économie gabonaise. En intégrant le « capital naturel » aux indicateurs classiques, la richesse nationale ferait un bond spectaculaire de 21,8 %. Une bouffée d’oxygène statistique qui viendrait relativiser le poids d’une dette publique culminant à 73,4 % du PIB.
Ce sont environ 4,36 milliards de dollars qui échappent actuellement aux radars des comptables nationaux. Cette somme colossale correspond à la valeur des services écosystémiques rendus par les forêts équatoriales : régulation du climat, purification des eaux et sanctuaire de biodiversité. Pour les experts de la BAD, ignorer cette manne environnementale revient à piloter l’économie gabonaise avec un rétroviseur embué. En réintégrant ces 4,56 milliards USD de valeur latente, Libreville ne se contenterait pas de gonfler ses chiffres ; elle changerait radicalement son narratif économique auprès des marchés internationaux.L’étude est un plaidoyer direct pour une réforme en profondeur de la comptabilité nationale. L’idée est de passer d’une économie de prélèvement à une économie de service environnemental. En valorisant la nature non plus seulement pour ce qu’on en extrait (le bois), mais pour ce qu’elle préserve, le Gabon pourrait transformer ses actifs naturels en leviers de négociation financière. Cette approche permettrait d’abaisser mécaniquement le ratio d’endettement et d’attirer de nouveaux types d’investissements dits « verts », de plus en plus prisés par la finance mondiale.
Enfin, ce rapport de la BAD place le Gabon à l’avant-garde d’un combat continental pour la reconnaissance de la richesse écologique africaine. Si Libreville parvient à imposer cette nouvelle lecture du PIB, elle pourrait faire école dans tout le bassin du Congo. Pour le gouvernement, le défi est désormais de traduire cette réalité statistique en politiques publiques concrètes. La planification économique du pays entre dans une ère nouvelle où la protection de la forêt n’est plus un coût, mais l’investissement le plus rentable du portefeuille national.
Moore, Journaliste stagiaire


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