Le marathon financier des collectivités locales gabonaises a officiellement démarré. Sous l’égide du ministère de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation, les membres des bureaux des municipalités et des conseils départementaux participent, depuis la semaine dernière, aux Débats d’Orientation Budgétaire (DOB). La province de l’Estuaire a ouvert le bal, servant de laboratoire avant que le dispositif ne s’étende à l’ensemble du territoire. Ce rendez-vous, strictement encadré par le Règlement Général de la Comptabilité Publique de 2016, n’est pas qu’une simple formalité administrative : il constitue le pivot de la nouvelle gouvernance territoriale souhaitée par Libreville pour assainir les finances locales.
Au cœur du dispositif, le DOB sert de boussole à l’élaboration des budgets primitifs. L’ordonnateur doit désormais soumettre ses hypothèses à un examen rigoureux, confrontant la situation financière réelle de sa collectivité aux perspectives économiques nationales. L’objectif est de mettre fin à l’ère des budgets de « guichet » pour passer à une gestion par objectifs. En présentant les engagements pluriannuels tant en fonctionnement qu’en investissement, les élus locaux sont sommés de faire preuve de réalisme, garantissant que chaque franc CFA investi réponde à une nécessité de développement palpable pour les administrés.L’innovation majeure réside dans la méthode de validation. Au terme de ces débats, le plafond budgétaire n’est plus une décision unilatérale de la mairie ou du conseil départemental. Il est désormais arrêté d’un commun accord entre les représentants du ministère de l’Économie, ceux de l’Intérieur et l’ordonnateur de crédit.
Ce mécanisme de « triple verrou » vise à instaurer une discipline budgétaire stricte et à prévenir l’endettement incontrôlé des communes. C’est sur la base de ce plafond souverain que chaque collectivité pourra ensuite convoquer sa session pour l’adoption définitive de son budget.Ce tournant vers la transparence et la reddition de comptes est le socle de la modernisation de l’action publique. En imposant ces débats préalables, l’État gabonais envoie un signal fort aux partenaires au développement : la décentralisation ne se fera pas au détriment de l’orthodoxie financière. Le succès de cette réforme dépendra toutefois de la capacité des élus locaux à s’approprier ces outils techniques. Si le DOB parvient à transformer la culture de gestion au sein des mairies de l’intérieur, le Gabon pourrait bien tenir son pari d’un développement harmonieux et financièrement viable pour ses territoires.


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