Dans les bureaux de la Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII), l’heure est à la contre-offensive. Face à la polémique naissante sur l’arrivée de l’Elobey VI dans les eaux gabonaises, la direction générale a choisi la carte de la pédagogie technique pour éteindre l’incendie médiatique. Dans un communiqué aux allures de plaidoyer pour la rigueur, le transporteur national clarifie la nature de l’opération : point d’achat dispendieux, mais un affrètement opérationnel. Une subtilité comptable qui permet à l’État de muscler ses capacités de fret sans alourdir sa dette patrimoniale, tout en répondant à l’urgence de l’approvisionnement sur l’axe vital Libreville-Port-Gentil.
Le cœur du débat cristallise une angoisse typiquement maritime : l’âge du navire. Construit en 1975 et reconstruit dix ans plus tard, l’Elobey VI est la cible de critiques que la CNNII balaie d’un revers de main technique. Pour le pavillon national, la date de naissance d’un bâtiment importe moins que la vigueur de ses machines. Avec des moteurs Caterpillar neufs, un carénage récent datant d’octobre 2025 et des certifications de bureaux de contrôle internationaux (DNV/Bureau Veritas), la compagnie entend démontrer que la sécurité n’est pas une affaire de calendrier, mais de maintenance. En s’appuyant sur le rapport de conformité de la Direction Générale de la Marine Marchande (DGMM), la CNNII fait bloc avec le régulateur pour sanctuariser la fiabilité de ses choix techniques.C’est pourtant sur le terrain de la psychologie collective que le défi est le plus grand. Le spectre du drame de l’Esther Miracle plane encore sur toutes les mémoires gabonaises, rendant l’opinion particulièrement sensible à la moindre annonce maritime. La direction de la CNNII l’a bien compris et s’emploie à briser tout amalgame : l’Elobey VI est un pur transporteur de marchandises, un « LCT » de 1000 tonnes dont l’accès est strictement interdit aux passagers.
En rappelant que la procédure judiciaire du naufrage de 2023 est toujours en cours, le top management de la compagnie invite à la retenue, dénonçant une « psychose inutile » qui nuirait à l’apaisement social et au respect dû aux familles des victimes.Au-delà de la gestion de crise, le slogan « CNNII IS BACK » traduit une ambition de reconquête économique. Dans un contexte de lutte contre la vie chère, l’efficacité de la rotation des marchandises entre la capitale et la cité pétrolière est un levier majeur pour stabiliser les prix des produits de grande consommation. En renforçant sa flotte de fret, la compagnie nationale tente de reprendre la main sur un corridor logistique stratégique. Le pari est désormais double pour la CNNII : prouver sur l’eau que l’Elobey VI est l’outil de la relance, tout en restaurant durablement une confiance ébranlée par les traumatismes du passé.


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