Au Gabon, le contrat social semble se fissurer au guichet des pharmacies. Derrière les discours officiels sur la couverture maladie universelle, le témoignage de Jennifer de Mayombo met en lumière une réalité brutale : celle d’une Caisse Nationale d’Assurance Maladie et de Garantie Sociale (CNAMGS) dont l’efficacité s’étiole. Entre des frais de consultation qui grimpent de 12 000 à 15 000 francs CFA et des cartes d’assurés de plus en plus souvent déclinées par les prestataires, le sentiment d’une « double peine » s’installe.
Pour de nombreux Gabonais, cotiser est devenu une obligation financière qui ne garantit plus la gratuité, ni même la réduction des soins, transformant l’accès à la santé en un parcours du combattant pour la dignité.Cette crise de confiance révèle les dysfonctionnements structurels qui grippent le système de santé à Libreville comme à l’intérieur du pays. Le phénomène des ordonnances non prises en charge après 12h ou l’obligation de payer « à la main » souligne l’existence de tensions de trésorerie majeures entre l’État et le secteur pharmaceutique privé. Les assurés s’interrogent désormais ouvertement sur la destination des prélèvements mensuels effectués sur leurs salaires alors que les structures de soins, faute de reversements de la part de la Caisse, réclament le paiement intégral aux patients.
Cette situation frappe de plein fouet les plus vulnérables, notamment les retraités dont les soins ne sont plus couverts dans certaines localités.Au-delà de l’aspect comptable, c’est la question de la solidarité nationale qui est posée. Lorsque se soigner redevient un privilège lié à la possession de liquidités immédiates, c’est tout l’édifice de la justice sociale qui vacille. Le regret exprimé par les citoyens témoigne d’une rupture de l’espoir légitime d’être protégé par l’État en échange de leur civisme fiscal. Pour les autorités, l’enjeu dépasse désormais la simple gestion administrative : il s’agit de restaurer l’un des piliers de la paix sociale au Gabon, sous peine de voir le renoncement aux soins devenir la norme pour une part croissante de la population.


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