Dans les enceintes prestigieuses du Lycée national Léon Mba et du Lycée technique d’Owendo, le vrombissement des engins de chantier dessine les contours d’une nouvelle donne sociale. La construction de huit bâtiments de type R+2, destinés au logement des enseignants, marque le retour de l’État sur un terrain longtemps délaissé : celui de la fonction sociale du métier de pédagogue. En érigeant ces infrastructures modernes au cœur du Grand Libreville, le gouvernement tente de répondre à l’un des principaux facteurs de démotivation du corps enseignant.
Ce projet n’est pas qu’une simple opération immobilière ; il se veut le symbole d’une volonté politique visant à stabiliser les équipes pédagogiques en leur offrant un cadre de vie en adéquation avec leur statut.Cependant, cette dynamique de construction s’accompagne d’une nécessaire, mais périlleuse, opération de salubrité administrative. Le parc immobilier hérité de l’ère Omar Bongo, notamment dans les cités de la SNI et des Trois Quartiers, est aujourd’hui le théâtre d’un imbroglio juridique et social. Entre vétusté avancée et occupations jugées irrégulières par des retraités ou des tiers sans titre, l’administration a décidé de siffler la fin de la récréation. La rénovation annoncée de ces logements historiques ira de pair avec une campagne de déguerpissement des occupants « frauduleux ». L’objectif est clair : restaurer la destination originelle de ces habitations pour les réattribuer exclusivement aux enseignants en activité, une mesure d’équité qui s’annonce toutefois complexe à gérer sur le plan humain.L’enjeu de cette politique va bien au-delà de la pierre et du ciment. En s’attaquant simultanément au manque de capacités d’accueil et à l’anarchie des attributions passées, le gouvernement pose un acte de gouvernance qui touche au cœur de la reconnaissance professionnelle. La « crise du logement » chez les fonctionnaires de l’Éducation nationale a trop longtemps servi de terreau aux revendications syndicales et aux mouvements d’humeur. En offrant des logements de fonction neufs, l’exécutif espère non seulement apaiser les tensions sociales, mais aussi restaurer l’attractivité d’une profession dont le prestige s’est érodé au fil des décennies.
La qualité des finitions et la transparence des futures commissions d’attribution seront les juges de paix de cette ambition.En définitive, l’avancée des chantiers à Léon Mba et Owendo constitue un signal fort, mais le chemin vers une gestion patrimoniale pérenne reste semé d’embûches. La réussite de ce programme dépendra de la capacité des autorités à maintenir la cadence des travaux tout en menant les réformes structurelles nécessaires pour éviter que ce nouveau parc ne retombe, d’ici quelques années, dans les travers de l’indivision et de l’abandon. Pour les enseignants gabonais, voir ces bâtiments sortir de terre est une promesse de considération ; pour l’État, c’est un investissement stratégique dans le capital humain, pilier indispensable d’un système éducatif performant et apaisé.


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