Alors que le front social s’embrase dans les salles de classe, le Vice-Président du Gouvernement a relancé, ce lundi 26 janvier, les négociations avec le mouvement « SOS Éducation ». Entre impératifs budgétaires et colère de la base, l’exécutif gabonais tente une médiation de haute volée pour sauver l’année scolaire et restaurer la confiance avec un corps enseignant de plus en plus défiant.Dans une salle où la tension était palpable, Hermann Immongault a orchestré une réunion de crise aux allures de conseil interministériel élargi.
Accompagné des ministres de l’Éducation, de la Fonction publique et du Budget, le Vice-Président a activé la commission interministérielle tripartite, une structure de dialogue voulue au plus haut sommet de l’État par le Président Brice Clotaire Oligui Nguema. L’objectif est clair : sortir de l’impasse par une approche « consensuelle et durable ». Cependant, le défi reste de taille pour Libreville, qui doit naviguer entre des revendications sociales légitimes et des contraintes budgétaires strictes, dans un contexte où chaque arbitrage financier est scruté par une opinion publique exigeante.Au cœur de cette table ronde, une question cruciale fragilise la portée des négociations : qui parle au nom des enseignants ? Si le mouvement « SOS Éducation » a été convié dans sa diversité, une fracture nette apparaît entre les leaders officiels et « la base ». Cette dernière, constituée des enseignants de terrain répartis sur l’ensemble du territoire, dénonce de plus en plus ouvertement ce qu’elle perçoit comme une trahison de ses intérêts par certains délégués syndicaux.
Pour de nombreux observateurs, le risque est de voir le gouvernement signer un accord avec des représentants dépourvus de réel pouvoir de mobilisation, ce qui ne ferait que déplacer le problème sans éteindre le feu de la contestation.Le secteur éducatif gabonais n’est plus seulement un enjeu de transmission du savoir, il est devenu le baromètre de la santé sociale du pays. En impliquant directement les représentants provinciaux, le gouvernement tente de court-circuiter les blocages de la capitale et d’entendre les réalités de l’arrière-pays. Pourtant, l’ombre d’un dialogue biaisé plane si les véritables porte-voix des enseignants sont tenus à l’écart au profit d’interlocuteurs jugés trop dociles. Pour l’exécutif, la réussite de cette commission tripartite dépendra de sa capacité à identifier les acteurs qui détiennent réellement la clé de la reprise des cours : ceux qui vivent quotidiennement les réalités des salles de classe.
La présence du Ministre Délégué au Budget souligne la dimension comptable de ce bras de fer. Les enseignants réclament des actes concrets sur leurs carrières et leurs conditions de vie, tandis que l’État cherche à rationaliser ses dépenses. Le dialogue qui s’ouvre ce 26 janvier ne pourra aboutir que si le gouvernement accepte de revoir sa copie sur la transparence des réformes et si les grévistes acceptent le principe de la progressivité. Dans ce jeu de dupes, le temps presse. Pour Hermann Immongault, l’enjeu dépasse la simple gestion d’une crise sectorielle ; il s’agit de prouver que l’État est capable de bâtir une paix sociale durable sans sacrifier l’avenir de la jeunesse gabonaise sur l’autel de la discorde syndicale.


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