C’est une décision radicale qui a coupé Libreville du village planétaire. En annonçant, ce mardi 17 février, la suspension immédiate de l’accès aux réseaux sociaux, la Haute Autorité de la Communication (HAC) a frappé un grand coup. Pour le régulateur, le constat était devenu « intolérable » : la toile gabonaise, autrefois espace de débat, s’était muée en un terrain fertile pour les fake news, la diffamation et les injures à répétition. Si le cadre légal, notamment la loi de juillet 2023, offre au gendarme des médias les instruments de cette sévérité, cette mesure de « salubrité numérique » soulève une question de fond : peut-on soigner le mal par une amputation numérique, même temporaire ?Car derrière les impératifs de cohésion sociale, l’onde de choc économique est bien réelle.
Au moment où le Gabon accélère sa transition digitale, cette déconnexion brutale sonne comme un coup d’arrêt pour des milliers de PME et d’entrepreneurs du commerce en ligne. À Libreville comme à Port-Gentil, les plateformes sociales ne sont plus seulement des lieux d’échanges personnels, mais de véritables infrastructures de marché. Pour ces acteurs de la « tech » locale, chaque jour de silence numérique se traduit par un manque à gagner substantiel, fragilisant un secteur en pleine expansion et jetant une ombre sur l’attractivité digitale du pays.Face à cette impasse, les regards se tournent désormais vers le modèle ivoirien. À Abidjan, la Plateforme de Lutte Contre la Cybercriminalité (PLCC) a prouvé qu’une surveillance ciblée et une réponse judiciaire agile étaient préférables au « black-out » total. L’idée d’une police des réseaux sociaux, composée d’officiers spécialisés capables de traquer les dérives sans paralyser l’économie, fait son chemin dans les couloirs du pouvoir gabonais.
Pour beaucoup, c’est là que réside la suite : sortir de la sanction collective pour entrer dans l’ère de la responsabilité individuelle, où le contrevenant est sanctionné sans que l’internaute honnête ne soit pénalisé.L’enjeu pour la HAC et le gouvernement est désormais de définir le « jour d’après ». La suspension, si elle peut se justifier par l’urgence de rétablir l’ordre, ne saurait constituer une stratégie de long terme dans un monde interconnecté. Pour Libreville, le défi est double : rassurer une population pour qui le numérique est devenu le quotidien et doter l’État de moyens techniques plus fins que la simple coupure. Entre répression et innovation, le Gabon cherche son équilibre pour faire d’internet un levier de croissance sécurisé plutôt qu’une menace pour la stabilité nationale.


Commentaires