À Libreville, l’obscurité des délestages est devenue le thermomètre de l’impatience populaire. Conscient que la stabilité du réseau électrique est le corollaire indispensable de sa survie politique, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a convoqué au palais de la Rénovation l’état-major du secteur énergétique. Autour de la table, un attelage de poids : le géant finlandais Wärtsilä, le développeur Melec PowerGen et le fonds panafricain Africa50, tous mobilisés aux côtés de la Gabon Power Company (GPC).
L’enjeu de ce huis clos diplomato-technique ? Verrouiller le projet Orinko, une centrale thermique de 125 mégawatts à Owendo, dont la mise en service à l’horizon 2028 doit impérativement briser le cycle des coupures récurrentes qui étranglent l’économie nationale.Pour le groupe Wärtsilä, présent sur le sol gabonais depuis 1977, ce dossier est celui de la maturité. Kenneth Engblom, vice-président pour l’Afrique, n’a pas fait le déplacement pour de simples civilités : les discussions ont porté sur le nerf de la guerre, à savoir les garanties de paiement et la sécurisation financière d’un investissement massif de plus de 100 milliards de francs CFA. Si le constructeur scandinave vante un projet « prêt à démarrer », il attend de l’État gabonais des engagements fermes pour rassurer les bailleurs de fonds. Pour Philippe Junior Ossoucah, patron de GPC, l’alliance avec un acteur affichant 70 gigawatts installés dans le monde est un gage de crédibilité dans une sous-région où les promesses énergétiques s’éteignent souvent avant de voir le jour.
Pourtant, au-delà de l’affichage technique, cette offensive électrique est avant tout un test de gouvernance pour le nouveau pouvoir. Injecter 125 mégawatts supplémentaires dans le réseau national ne suffira pas à gommer des décennies de sous-investissement dans la maintenance et la distribution de la SEEG. Mais pour Oligui Nguema, Orinko doit servir de « preuve de concept » : démontrer que le Gabon est capable d’attirer des investissements directs étrangers (IDE) dans ses infrastructures critiques. Entre l’exigence d’industrialisation et le confort des foyers, le général-président sait que la lumière dans les ménages est l’un des plus puissants vecteurs de la paix sociale.


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