Le bras de fer entre le monde éducatif et l’exécutif gabonais franchit une nouvelle étape rhétorique. Alors que la paralysie des établissements scolaires gagne du terrain sur l’ensemble du territoire, la présidence de la République est sortie de sa réserve par la voix de son porte-parole, Théophane Junior Nzame-Nze Biyoghe. Dans une volonté de pédagogie politique, le Palais Rénovation s’efforce de contextualiser une crise qu’il juge structurelle, tout en réaffirmant l’engagement personnel du chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, à restaurer les fondements d’un secteur éducatif en pleine déliquescence.Au cœur de cette contre-offensive communicationnelle, la présidence invoque l’héritage d’un dossier administratif qualifié de « lourd, très lourd ».
Pour Libreville, les griefs qui alimentent aujourd’hui la fronde — rappels de solde, intégrations et avancements — ne sont que les symptômes d’une mauvaise gouvernance accumulée durant plusieurs décennies. En reconnaissant la légitimité des revendications tout en les imputant aux irrégularités de « l’ancien système », le pouvoir actuel tente de désamorcer la colère des grévistes en les invitant à une lecture historique de leur situation, marquée par de trop longues promesses sans suite.Sur le front social, l’exécutif oppose une méthode qu’il veut progressive et rigoureuse aux attentes immédiates des syndicats. Pour prouver sa bonne foi, la présidence met en avant une série de mesures correctives déjà amorcées sous l’impulsion présidentielle : la mise en solde ou en présalaires de plus de 1 100 diplômés des grandes écoles (ENES, ENSET, ENIL, ENIF), ainsi que la régularisation de 1 810 anciens bénévoles. S’y ajoute un vaste chantier de codification à la fonction publique ayant permis de traiter près de 4 000 dossiers sur les 6 574 identifiés, incluant des titularisations et des reclassements attendus depuis des années.
Malgré ces avancées chiffrées, le climat reste délétère et le rythme des réformes jugé insuffisant par une base qui dénonce des conditions de vie précaires. Face à ce scepticisme, le porte-parole de la présidence a lancé un appel solennel au sens de l’État et à la responsabilité collective. Invoquant l’intérêt supérieur des élèves, premières victimes de ce blocage, le chef de l’État exhorte désormais les enseignants à privilégier la concertation plutôt que la confrontation. Un pari sur le dialogue qui, dans un pays où le contrat social repose largement sur l’école, ressemble fort à une course contre la montre pour éviter une année blanche.


Commentaires