C’est un ballet diplomatique aux accents de souveraineté technologique qui s’est joué cette semaine à Addis-Abeba. En marge de sa mission officielle en Éthiopie, le ministre d’État chargé des Transports, a rendu visite aux 305 étudiants gabonais pensionnaires de l’Ethiopian Aviation University. Accompagné des pontes de l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC), le membre du gouvernement est venu prendre le pouls de cette « promotion de l’espoir », financée par une politique de bourses d’excellence impulsée par le palais du Bord de mer.
Pour Libreville, l’enjeu dépasse la simple formation académique : il s’agit de bâtir, à marche forcée, le capital humain nécessaire à l’ambition aéronautique du pays.L’immersion dans les infrastructures de pointe de l’académie éthiopienne — véritable fleuron du savoir-faire continental — n’avait rien d’une visite de courtoisie. En remettant leurs parchemins aux diplômés de la première cuvée, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi a martelé un message de rigueur et de patriotisme. Pilotes, ingénieurs et techniciens de maintenance sont désormais investis d’une mission régalienne : celle de constituer l’ossature technique du pavillon national. Dans les couloirs de l’université, le ministre a pu mesurer l’adéquation entre les standards internationaux de formation et les besoins pressants d’un Gabon qui entend ne plus dépendre de l’expertise étrangère pour faire naviguer sa flotte.Toutefois, derrière l’éclat des cérémonies de remise de diplômes, la réalité du marché de l’emploi s’est invitée dans les échanges. Face au ministre, les étudiants n’ont pas caché leurs inquiétudes quant à leur insertion professionnelle et l’obtention des précieuses « qualifications de type », sésames indispensables pour prendre les commandes des appareils modernes.
La réponse de l’exécutif se veut rassurante mais pragmatique : l’intégration de ces cadres se fera au rythme du déploiement de Fly Gabon. Le gouvernement mise sur une synergie entre la nouvelle compagnie nationale et les instances de régulation pour garantir que ces investissements massifs dans la formation se transforment en emplois pérennes sur le tarmac librevillois.Cette offensive de formation en terre éthiopienne souligne la volonté du Gabon de s’arrimer aux meilleurs modèles africains pour structurer son ciel. En choisissant Addis-Abeba comme centre névralgique pour ses futurs cadres, Libreville s’offre un raccourci stratégique vers l’excellence aéronautique. Le défi pour les mois à venir sera de transformer cet essai académique en réussite opérationnelle. Si le Gabon parvient à absorber efficacement cette vague de compétences, il pourrait bien devenir un cas d’école en Afrique centrale pour la gestion des ressources humaines dans un secteur aussi exigeant que le transport aérien.


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