Lors de son discours à la nation du 31 décembre 2025, le président de la république gabonaise a dressé un bilan sans concession de l’ère Bongo tout en fustigeant une classe politique plus préoccupée par les urnes que par les réformes de fond. Analyse d’un tournant décisif pour Libreville.C’est un Brice Clotaire Oligui Nguema à la fois grave et offensif qui s’est adressé aux Gabonais pour la Saint-Sylvestre.
Loin de l’euphorie des premiers jours du « coup de libération » d’août 2023, le chef de l’État a choisi d’utiliser la tribune de ce 31 décembre 2025 pour recadrer le débat national. Entre chiffres chocs sur la dette et critiques acerbes contre « l’ardeur électorale », le Président prépare le terrain pour la cinquième république.Le procès Bongo Valentin : le miroir d’une « économie détruite »Pour Oligui Nguema, la page du passé ne se tournera pas sans un inventaire rigoureux. Évoquant le procès de Noureddin Bongo Valentin et de la « Young Team », le chef de l’État a martelé que cette procédure judiciaire n’était pas une simple affaire de règlement de comptes, mais une mise en lumière de « l’ampleur du préjudice » subi.Le constat est sévère : 14 ans de gestion qu’il qualifie de « destructrice » pour l’économie nationale.
Pour le Chef de l’État, l’héritage est une « dette abyssale » et une administration profondément fragilisée. En plaçant ce procès au cœur de son bilan, Oligui Nguema légitime l’action des militaires comme une nécessité de salut public face à un État qui était, selon ses mots, au bord du gouffre.Le fardeau de la dette : 3 142 milliards de francs CFA remboursésL’un des points d’orgue de son intervention reste le volet financier. Pour rassurer les bailleurs de fonds internationaux et les partenaires financiers, le président a dévoilé un chiffre clé : depuis le 30 août 2023, le Gabon a consacré près de 3 142 milliards de francs CFA au remboursement de sa dette intérieure et extérieure.« L’endettement lourd, hérité du régime déchu, pèse significativement sur notre économie », a-t-il rappelé.Cet effort colossal de désendettement vise à restaurer la signature du Gabon sur les marchés, alors que le pays tente de financer ses propres « projets structurants » dans les secteurs du tourisme, des infrastructures et de l’environnement. Mais cette austérité nécessaire pèse sur le panier de la ménagère, créant une tension entre la rigueur budgétaire et les attentes sociales d’une population impatiente.
La charge contre la « fièvre électorale »:
Alors que la transition edt terminée, la classe politique gabonaise s’agite. Une effervescence que le Président regarde avec une pointe d’amertume. Dans une envolée remarquée, il s’est dit « affligé » de constater que l’ardeur des acteurs politiques ne se manifeste « qu’avec éclat lorsqu’il s’agit des échéances électorales ».Pour le locataire du Palais du Bord de mer, l’urgence est ailleurs : la lutte contre le chômage des jeunes et la construction d’infrastructures essentielles. Ce tacle adressé à la vieille garde politique, comme aux nouveaux prétendants, souligne la volonté d’Oligui Nguema de maintenir le cap d’une transition qu’il veut « bâtisseuse » plutôt que purement politicienne.


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