Le dialogue social gabonais s’est-il fracassé sur l’autel de la rigueur comptable ? Alors que le gouvernement et les partenaires sociaux semblaient avoir trouvé un terrain d’entente via un Protocole d’Accord Consolidé, un point de friction inattendu paralyse désormais toute avancée : l’audit du fichier matricule. Au cœur de cette discorde, l’enveloppe colossale de 16 milliards de francs CFA destinée au paiement des vacations, dont le déblocage est désormais suspendu à une vérification minutieuse des bénéficiaires.Le blocage cristallise toutes les tensions autour de l’article 6 du protocole, une clause de « bonne gouvernance » qui conditionne les paiements à la régularité des listes.
Pour l’exécutif, la règle est claire : aucun franc ne sera versé sans un arrêt immédiat des paiements en cas de doublons ou d’irrégularités constatées. Cette exigence de transparence, bien que conforme aux standards de gestion des finances publiques, se heurte à une fin de recevoir catégorique de la part des leaders syndicaux les plus radicaux.Dans les couloirs des ministères, l’incompréhension laisse place au soupçon. « Pourquoi refuser un audit lorsqu’on réclame de l’argent public ? » s’interroge-t-on avec insistance. Ce refus de la vérification laisse supposer l’existence de bénéficiaires indus ou de listes « gonflées » que certains acteurs chercheraient à protéger. En exigeant le paiement intégral sans contrôle préalable, les syndicats s’exposent à une accusation de clientélisme, incompatible avec les réformes de moralisation de la vie publique actuellement prônées.
L’État, de son côté, semble bien décidé à imposer son narratif : celui d’un partenaire qui assume ses engagements financiers, mais refuse de cautionner l’opacité. Le message envoyé à l’opinion est limpide : le blocage n’est pas budgétaire, mais éthique. Alors que le pays cherche à rationaliser ses dépenses, cette « guerre du fichier » pourrait bien devenir le baromètre de la capacité du pouvoir à imposer une culture de la redevabilité, face à des intérêts corporatistes solidement ancrés.


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