Alors que le gouvernement multiplie les gestes d’apaisement et les avancées budgétaires, le secteur de l’Éducation nationale s’enfonce dans une crise interne sans précédent. Entre mots d’ordre contradictoires et soupçons de chantage, la guerre des tranchées entre collectifs et syndicats menace de sacrifier une génération d’élèves sur l’autel d’intérêts personnels.
L’école gabonaise est-elle prise en otage ?
C’est le sentiment qui prédomine chez de nombreux parents d’élèves en ce mois de janvier 2026. Si les revendications des enseignants sont historiquement légitimes, la tournure que prend le mouvement actuel, porté notamment par le collectif « SOS Éducation », interpelle par sa radicalité et son manque de lisibilité.Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sous l’impulsion des autorités , l’État a consenti des efforts budgétaires massifs pour assainir un secteur longtemps laissé à l’abandon : -Déblocage de près de 7 000 situations professionnelles pour les enseignants. -Mise en solde annoncée de 3 000 nouveaux agents dès le mois de février 2026. – Signature de l’arrêté tripartite visant à régulariser les carrières administratives.
Malgré ces signaux forts, le dialogue semble rompu. Pour certains observateurs, le jusqu’au-boutisme de certains leaders syndicaux, qui réclament désormais des négociations directes au plus haut sommet de l’État en court-circuitant les ministères de tutelle, s’apparente davantage à une manÅ“uvre politique qu’à une lutte corporatiste.Au cÅ“ur du malaise, un « bicéphalisme » syndical qui paralyse toute sortie de crise. D’un côté, les syndicats traditionnels tentent de maintenir le fil du dialogue ; de l’autre, des collectifs plus radicaux font monter les enchères. Cette fragmentation dilue la parole des enseignants et crée un climat de confusion généralisée. « On a l’impression que certains cherchent moins à obtenir des classes climatisées qu’à obtenir des postes de décision ou à s’offrir une stature politique », s’indigne un cadre du ministère de l’Éducation sous couvert d’anonymat.
En durcissant le ton malgré les concessions obtenues, ces mouvements donnent l’impression d’un chantage permanent exercé sur l’exécutif, utilisant les élèves comme boucliers humains dans une bataille d’influence.Le risque d’une « année blanche » n’est plus une simple hypothèse d’école, mais une menace réelle qui plane sur l’avenir de la nation. Si le droit de grève est constitutionnel, le droit à l’éducation l’est tout autant. Dans cette Ve République qui se veut celle de la « restauration des institutions », la responsabilité des partenaires sociaux est désormais engagée.Le Gabon ne peut se permettre une éducation à deux vitesses où le chaos administratif l’emporte sur la pédagogie. Il est temps que la raison l’emporte sur les egos pour que la craie puisse de nouveau crisser sur les tableaux noirs, loin des querelles de clocher.


Commentaires