Face à une grogne qui menace de paralyser les salles de classe, l’exécutif gabonais sort l’artillerie lourde. Entre régularisations massives et promesses de postes budgétaires, le gouvernement tente d’éteindre l’incendie avant qu’il ne devienne incontrôlable.C’est un communiqué aux allures de « plan Marshall » pour l’école gabonaise. Ce samedi 10 janvier, un trio ministériel de poids — Éducation nationale, Finances et Fonction publique — a dévoilé une feuille de route d’urgence pour tenter d’apaiser un climat social devenu, de l’aveu même des autorités, « délétère ».Sous la coordination directe du Vice-Président du Gouvernement (VPG), l’État semble enfin vouloir s’attaquer aux racines du mal : le statut précaire de milliers d’enseignants.
Le « 3 000 + 300 » : l’équation du dégel:
L’annonce phare de ce communiqué interministériel repose sur deux piliers chiffrés destinés à rassurer une base enseignante à bout de souffle : -3 000 régularisations administratives : Un chantier titanesque pour sortir de l’ombre les agents dont la carrière stagnait dans les méandres de la bureaucratie. – 300 postes budgétaires immédiats : Priorité est donnée aux sortants des grandes écoles, aux professeurs de sciences (denrée rare dans le système) et, geste notable, aux enseignants bénévoles qui tiennent les classes à bout de bras dans l’arrière-pays.
Une course contre la montre diplomatique:
Pour Camélia Ntoutoume Leclercq (Éducation), Thierry Minko (Finances) et Louise Mengue me Nzoghe (Fonction publique), l’enjeu est désormais de transformer l’essai. Le calendrier est serré, presque martial : – Dimanche 11 janvier : Séance de travail cruciale avec les syndicats, les collectifs (dont SOS Éducation) et les techniciens pour hiérarchiser les priorités. – Lundi 12 janvier : Reprise technique des dossiers pour valider les aspects budgétaires. – Mardi 13 janvier : Réunion de la Commission Tripartite sous l’égide du VPG pour entériner les décisions. « Il ne s’agit plus de promettre, mais de structurer », confie une source proche du dossier à Libreville. « L’instauration d’une commission de suivi mensuel prouve que le gouvernement sait qu’il joue sa crédibilité sur ce dossier. »
L’ombre de la crise sociale:
Si le ton du communiqué se veut rassurant, il trahit l’urgence du moment. Le secteur éducatif gabonais, miné par des années de revendications sur les rappels de solde et les avancements de carrière, est un baromètre politique sensible. En impliquant directement le ministère de l’Économie et de la Dette, le gouvernement signifie que les fonds sont mobilisés, malgré un contexte budgétaire que l’on sait contraint.Reste à savoir si ces « gages » suffiront à convaincre les partenaires sociaux, souvent échaudés par des promesses sans lendemain. La réunion de ce dimanche fera figure de test de vérité pour l’exécutif.


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