L’ambition de souveraineté alimentaire du Gabon vient de se heurter à la brutalité des réalités locales dans la province de la Ngounié. À Lébamba, le projet piscicole de Flavien Nzengui Nzoundou, fleuron de l’initiative privée au sud du pays, a été la cible d’un acte criminel d’une rare violence : l’empoisonnement massif de ses bassins de silures et de tilapias. Ce sabotage, survenu alors que la production était prête pour la commercialisation, ne détruit pas seulement des tonnes de poissons ; il fragilise l’élan d’un promoteur désabusé et envoie un signal délétère à tous ceux qui tentent de bâtir une économie de transformation hors de la capitale.Ce drame intervient dans un timing qui interroge.
Quelques jours plus tôt, Aimé Martial Massamba, ministre de la Pêche et de l’Élevage, avait visité ces installations modernes, saluant la pertinence d’un projet aligné sur les objectifs nationaux de développement. Cette reconnaissance officielle, loin de protéger l’initiative, semble avoir cristallisé des tensions locales et attisé une « haine gratuite » nourrie par la jalousie. À Lébamba, l’innovation et la réussite apparente sont devenues des cibles, illustrant le fossé qui subsiste parfois entre les politiques publiques d’encouragement à l’investissement et la sécurité réelle des entrepreneurs sur le terrain.Au-delà de la perte financière pour le promoteur, c’est tout un écosystème qui est frappé. Ce projet représentait un levier de création d’emplois, une plateforme de formation pour la jeunesse rurale et un moteur de dynamisation pour la localité. Ce « cauchemar » entrepreneurial repose avec acuité la question de la protection des investissements privés dans l’hinterland.
Si l’État appelle ses fils à retourner à la terre et à investir dans les provinces, il se doit de garantir un environnement sécuritaire et judiciaire capable de décourager de tels actes de malveillance, sous peine de voir les initiatives locales s’éteindre les unes après les autres.Cet incident tragique révèle un mal plus profond : la persistance de mentalités réfractaires au progrès collectif au profit de l’obstruction individuelle. S’agit-il d’un acte isolé ou du symptôme d’une société qui peine encore à célébrer la réussite d’autrui ? Dans tous les cas, le cas de Flavien Nzengui Nzoundou à Lébamba doit servir d’électrochoc. La solidarité nationale et le respect du travail sont les conditions sine qua non pour que l’entrepreneuriat ne soit plus un sport de combat à haut risque, mais le moteur d’un Gabon prospère et réconcilié avec ses terroirs.
Yolande ABORE


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