Alors qu’Abidjan s’illustre par un élan de générosité spectaculaire en faveur de l’acteur Fortuné Akakpo — dont la précarité a mobilisé plus de 40 millions de FCFA en un temps record — le contraste avec la scène sociale gabonaise interpelle. En Côte d’Ivoire, l’influenceur Apoutchou National a su transformer l’émotion numérique en un levier de dignité matérielle (maison, véhicule, fonds de commerce), illustrant une capacité de mobilisation communautaire qui semble, pour l’heure, faire défaut de l’autre côté de l’Ogooué.
Au Gabon, le paysage social reste trop souvent marqué par une culture de l’atavisme et de la méfiance. Si les réseaux sociaux librevillois sont prompts à s’enflammer, c’est plus souvent pour alimenter le « kongossa » ou se délecter de la chute d’une figure publique que pour ériger des remparts de solidarité. Cette tendance à la jubilation devant l’adversité d’autrui, parfois décrite comme une « préférence pour la nuisance », freine l’émergence d’une véritable protection sociale informelle, là où le cousinage ivoirien parvient à pallier les carences de l’État.
Cette divergence de comportements révèle un enjeu de cohésion nationale profond. Tandis que les Ivoiriens utilisent leur influence digitale pour sanctuariser leurs icônes culturelles, le public gabonais semble encore piégé dans une dynamique de fragmentation où la réussite de l’un est perçue comme un affront pour l’autre. Au-delà du simple fait divers caritatif, l’exemple d’Abidjan pose au Gabon une question fondamentale : celle de sa capacité à transformer l’indignation virtuelle en une fraternité d’action capable de protéger ses talents les plus vulnérables.


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