A Libreville, la lutte contre l’insalubrité ne se joue plus seulement dans les bureaux de l’Hôtel de Ville, mais aussi sur l’écran des smartphones. Le web-humoriste Chambre à Louer, figure de proue de la scène numérique gabonaise, a récemment troqué ses sketchs satiriques pour une opération de salubrité publique qui fait grand bruit. En s’attaquant à bras-le-corps à l’assainissement de certains quartiers de la capitale, l’influenceur démontre que la force de frappe des réseaux sociaux peut dépasser le simple divertissement pour devenir un levier de mobilisation citoyenne.
Une initiative qui intervient alors que la municipalité multiplie les appels à la responsabilité individuelle pour redonner son éclat à la « perle de l’Afrique centrale ».Loin des clichés de l’influenceur déconnecté des réalités, cette démarche de Chambre à Louer pose un acte politique fort : celui de la réappropriation de l’espace public par la jeunesse. En mettant en scène le nettoyage des rues et le débouchage des caniveaux, il transforme une corvée ingrate en un acte de civisme viral, capable de capter l’attention là où les campagnes de sensibilisation institutionnelles échouent parfois. Ce glissement de l’humour vers l’engagement pragmatique souligne une tendance de fond sur le continent, où les créateurs de contenu deviennent des relais d’opinion incontournables, palliant parfois les lenteurs des services de voirie traditionnels.
Toutefois, ce coup d’éclat numérique soulève une question de fond sur la pérennité de l’action publique. Si l’exemple positif de l’humoriste est salué par une opinion publique lasse de l’insalubrité chronique, il met également en lumière le besoin d’une synergie durable entre les « stars » du web et les autorités locales. Pour que le « buzz » se transforme en véritable changement de paradigme, l’initiative de Chambre à Louer devra inspirer une structuration plus large des brigades citoyennes. À Libreville, le balai est désormais entre les mains d’une jeunesse qui entend bien utiliser ses millions de vues pour assainir, au sens propre comme au figuré, son cadre de vie.


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