Dans les rues d’Okondja, l’odeur du carburant neuf va remplacer enfin celle de l’abandon. Il aura fallu plus d’une décennie pour que cette ville de 10 000 âmes, chef-lieu de la Sébé-Brikolo, renoue avec une dignité logistique élémentaire. Sous l’ancienne administration, l’absence de station-service officielle n’était plus un simple dysfonctionnement, mais le symbole d’une rupture de contrat entre l’État et ses provinces. Entre une station privée agonisante et des agréments administratifs perdus dans les méandres librevillois, l’économie locale s’était résignée au système D : parcourir des centaines de kilomètres vers Akiéni ou Franceville, ou se livrer aux dangers d’un marché noir spéculatif.
Une anomalie qui touche à sa fin avec l’imminence de la mise en service de la nouvelle station Gab’Oil.Le projet, dont la première pierre fut posée en octobre 2024 au quartier Obeli Ossenga, entre désormais dans sa phase critique. Malgré quelques retards de calendrier, la réalité technique est là : 20 000 litres de gasoil et 10 000 litres d’essence et de pétrole ont déjà été réceptionnés, tandis que le gaz butane est disponible depuis la fin de l’année 2025. Sur le terrain, l’heure est aux derniers réglages. Les techniciens calibrent les pompes sous l’œil attentif de futurs pompistes recrutés localement. Si les tests de pression et de débit s’avèrent concluants, les premiers clients pourraient se servir dès ce dimanche 15, marquant ainsi le retour d’Okondja sur la carte énergétique nationale. Plus qu’une infrastructure, c’est un signal de normalisation.Pourtant, à Libreville comme dans le Haut-Ogooué, on sait que la « politique de la première goutte » ne saurait occulter l’immensité des chantiers en souffrance.
La station-service fait figure de test de crédibilité pour l’exécutif : peut-on transformer un geste inaugural en une dynamique de développement durable ? Car autour de la nouvelle pompe, Okondja demeure une ville en pointillé. Entre un hôpital départemental qui attend ses techniciens, une boulangerie sans équipements et un lycée technique agricole à l’arrêt, les promesses suspendues rappellent que le bitume et l’essence ne sont que les vecteurs d’une ambition qui reste à concrétiser. La réparation est en marche, mais la révolution structurelle se fait encore attendre.L’enjeu dépasse largement le confort des automobilistes de la Sébé-Brikolo.
Le carburant est le sang de l’économie réelle ; il irrigue le transport des marchandises, stabilise les prix et sécurise la mobilité des travailleurs. En remplaçant la débrouillardise par la prévisibilité, l’État tente de restaurer une autorité défaillante. Si l’heure est à la célébration — on imagine déjà les réjouissances non loin du marché d’Awoungou — la question de la pérennité reste entière. Cette station sera-t-elle le premier jalon d’une cohérence territoriale retrouvée ou un simple îlot de service dans un océan d’attentes déçues ? C’est à la pompe, et sur la durée, que se mesurera la portée réelle de ce réveil provincial.


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