Face aux 115 000 agents que compte l’administration gabonaise, le constat dressé par Laurence Ndong est sans appel : un système à bout de souffle, rongé par la précarité technique. Sur les 59 000 agents gérés directement par le ministère, la charge de travail repose sur moins de 300 gestionnaires qui, jusqu’à récemment, officiaient sans outils informatiques de base. Pour stopper cette gestion archaïque où les dossiers s’entassaient à même le sol, la ministre engage une course contre la montre : 273 ordinateurs ont été commandés, dont une première tranche de 50 déjà déployée, pour sortir enfin l’administration de l’ère du tout-papier.
La feuille de route des 100 jours, articulée autour de sept axes, fait de la digitalisation son fer de lance. Le chantier est colossal : câblage réseau de l’administration centrale et création d’un portail numérique dédié. À terme, chaque fonctionnaire pourra, via son numéro d’identification personnelle, gérer sa carrière en un clic, du recrutement à la retraite. Parallèlement, l’amélioration des conditions de travail devient une priorité vitale : réhabilitation des bâtiments, rétablissement de l’eau et remise en circulation de bus de transport pour les agents. L’objectif est également de décentraliser la gestion, aujourd’hui paralysée dans les provinces — à l’instar de la Ngounié, dépourvue de direction fonctionnelle — pour éviter aux agents de l’intérieur de longs et coûteux déplacements vers Libreville.Sur le front de l’assainissement, Laurence Ndong s’attaque à un « stock » de dossiers en souffrance dont certains s’empoussièrent depuis plus de dix ans. L’instauration d’un guichet unique vise à accélérer les arrêtés d’intégration et les titularisations, mais la ministre pose une condition non négociable : la fin du favoritisme.
En dénonçant les réseaux de corruption et les interventions de proches, elle impose une gestion équitable où seule la signature ministérielle valide les priorités. C’est une véritable rupture de méthode qui s’annonce, où le traitement des dossiers ne dépendra plus du « bras long », mais de la rigueur administrative.Enfin, la réforme s’étend au cadre juridique et à la maîtrise de la masse salariale. Le recrutement, désormais strictement conditionné au cadrage budgétaire, se fera prioritairement par voie de concours professionnels pour garantir la méritocratie. Entre vulgarisation des textes réglementaires et pilotage axé sur les résultats, les 100 premiers jours doivent servir de base à un inventaire national complet. Pour Laurence Ndong, l’enjeu est de transformer une administration perçue comme un frein en un moteur d’efficacité, capable de répondre aux attentes d’un Gabon en quête de transparence.


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