Le Gabon ne veut plus importer sa sécurité alimentaire. Avec le lancement du Plan Opérationnel d’Urgence de la Filière Avicole (POUFA), adopté en Conseil des ministres le 26 février 2026, Libreville engage un bras de fer contre sa dépendance historique aux poulets de chair importés. Le ministère de l’Agriculture vient de franchir un cap opérationnel en lançant un appel à manifestation d’intérêt pour sélectionner 150 fermes locales prêtes à changer d’échelle. L’enjeu est de taille : le Président Brice Clotaire Oligui Nguema a fixé un ultimatum au 1er janvier 2027 pour l’interdiction totale des importations de volaille.
Pour les observateurs du secteur, cette stratégie est le véritable crash-test de la volonté de transformation économique prônée par les autorités.Loin des traditionnelles aides à fonds perdus, le POUFA se structure autour d’un pack industriel intégré, conçu pour transformer des exploitations artisanales en véritables champions nationaux. L’État propose un accompagnement massif : construction de bâtiments modernes d’une capacité de 3 000 têtes, fourniture de poussins et prise en charge des intrants pour six cycles complets. En ciblant des éleveurs chevronnés — justifiant d’au moins trois ans d’expérience et d’un cheptel de base de 1 000 volailles — le gouvernement mise sur la viabilité technique plutôt que sur l’amateurisme. L’objectif est de saturer le marché intérieur dès le 1er septembre 2026, date prévue pour le lancement effectif de la production.
Cependant, ce protectionnisme assumé place le Gabon face à ses propres limites structurelles, notamment sur la chaîne de valeur des intrants. La réussite de ce pari repose sur une équation complexe : maîtriser le coût de l’aliment pour bétail, encore largement tributaire des cours mondiaux et des importations de soja ou de maïs. Sans une rigueur vétérinaire exemplaire et une logistique de froid irréprochable, l’ambition de souveraineté pourrait se heurter à la réalité du terrain. Après la clôture des candidatures qui était fixée au 1er avril 2026, Libreville joue gros : prouver que le « Made in Gabon » peut non seulement nourrir la population, mais aussi stabiliser durablement le panier de la ménagère face aux chocs extérieurs.


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