Dans les couloirs feutrés de la Maison d’Owendo, le temps semble s’être arrêté, figé dans une gouvernance qui interroge autant qu’elle lasse. Malgré douze années de magistère à la tête de la Fédération Gabonaise de Football (Fegafoot), Pierre-Alain Mounguengui semble jouir d’un véritable « titre foncier » sur l’institution. Pour les observateurs du football national et fervents supporters des équipes nationales, le bail n’a que trop duré. Ce règne de plus d’une décennie, marqué par une longévité rare sur le continent, se heurte aujourd’hui à un bilan sportif et administratif de plus en plus difficile à défendre auprès d’une opinion publique exaspérée.
Le contraste est en effet saisissant entre la pérennité du sommet et le déclin de la base. Sous cette gestion qualifiée de « chaotique » par de nombreux observateurs, le football national s’est enfoncé dans les abîmes.Entre absence de réformes structurelles pour la formation des jeunes et résultats médiocres des équipes nationales, le tableau est sombre. Le ballon rond gabonais ne survit plus que par les éclats intermittents de ses expatriés, masquant mal le désert technique local.Au-delà du terrain, c’est l’opacité managériale qui cristallise les critiques. Les crises à répétition au sein des sélections, les scandales de mœurs qui ont éclaboussé la discipline et les tensions récurrentes avec la tutelle dessinent le portrait d’une institution en perte de repères. Pourtant, malgré ces tempêtes, l’actuel patron de la Fegafoot parvient à maintenir son assise, fort d’un système électoral et de réseaux d’influence qui semblent le rendre imperméable aux demandes de renouvellement. Une résilience qui, pour beaucoup, ressemble davantage à un verrouillage qu’à une légitimité de résultats.Aujourd’hui, l’heure est au bilan de vérité pour le football gabonais. À l’heure où le pays prône la restauration des institutions et l’exigence de performance, le statu quo à la Fegafoot apparaît comme une anomalie persistante.
La question n’est plus seulement celle d’un homme, mais celle d’un système qui a échoué à professionnaliser la discipline et à offrir un avenir à la jeunesse sportive. Entre la nécessité d’un souffle nouveau et l’obstination d’une direction en place depuis 2014, le football gabonais se trouve à un carrefour : soit il s’engage dans une mutation profonde, soit il accepte de rester la propriété privée d’un clan, au risque de disparaître durablement de l’élite africaine.


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