Il est une musique bien connue dans les rédactions parisiennes : celle qui consiste à scruter les soubresauts des sélections africaines avec une loupe déformante, oscillant entre paternalisme et incompréhension. Aujourd’hui, c’est le Gabon qui se retrouve sous les projecteurs de RFI. En cause ? La gestion disciplinaire de ses stars, Pierre-Emerick Aubameyang et Bruno Ecuele Manga. Mais à Libreville, le message est clair : l’équipe nationale n’est la propriété de personne, si ce n’est du peuple gabonais.
Le talent ne dispense pas de la règle:
Certes, le pedigree de Pierre-Emerick Aubameyang est indiscutable. Buteur mondialement adulé, « PEA » a porté haut les couleurs du pays sur les pelouses de Premier League ou de Liga. Mais le talent, aussi immense soit-il, peut-il s’affranchir du pacte collectif ? En quittant précipitamment le groupe avant le terme d’une compétition majeure, l’attaquant a rompu un équilibre fragile.La réponse des autorités sportives gabonaises n’est ni un acharnement, ni une décision arbitraire. C’est un rappel à l’ordre : la gloire individuelle ne saurait primer sur l’unité d’un vestiaire. Étrangement, lorsque la France avait décidé, au lendemain du traumatisme de Knysna en 2010, de suspendre lourdement Nicolas Anelka ou Patrice Evra, la critique internationale y voyait un acte de salubrité publique.Pourquoi ce qui est perçu comme de la « fermeté nécessaire » en Europe devient-il de la « mauvaise gestion » lorsqu’il s’agit d’une nation africaine ?
Fin de cycle et respect des aînés:
Le cas de Bruno Ecuele Manga relève d’une autre dynamique, plus humaine. Le défenseur central a tout donné aux Panthères. Pendant des décennies, il a été le roc, le grand frère, le repère des plus jeunes. Mais le football est une question de cycles. Savoir passer le témoin est un art difficile, tant pour le joueur que pour l’institution.À Libreville, on assure que le moment venu, l’hommage sera à la hauteur de l’homme : décorations, honneurs et reconnaissance nationale. En attendant, la gestion de cette transition (sportive) appartient au staff et aux instances locales, loin des jugements à l’emporte-pièce formulés depuis les studios d’Issy-les-Moulineaux.Un droit souverain au silence:Cette obsession médiatique pour les remous du football gabonais soulève une question de fond sur le traitement de l’information sportive sur le continent.
Le Gabon n’a pas à se justifier de ses choix disciplinaires devant des observateurs dont l’œil, certes critique, reste profondément détaché des réalités du terrain et de la ferveur populaire. »Les Panthères sont une fierté nationale, pas un sujet de polémique internationale permanente. »En imposant la discipline tout en célébrant le talent, le Gabon exerce son droit souverain à définir sa propre identité sportive. Un dernier conseil aux analystes lointains : laissez le Gabon régler ses affaires. Tant que les Panthères porteront les couleurs du drapeau, c’est au pays, et à lui seul, qu’il appartiendra de décider de ce qui est juste pour son football.


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