Le football africain est-il devenu un simple protectorat de Zurich ? Alors que la Confédération africaine de football (CAF) multiplie les sanctions à l’égard de ses fédérations membres pour des manquements administratifs ou sécuritaires, une question iconoclaste s’installe dans les états-majors du Caire : qui ose demander des comptes à la CAF ? Entre une gestion jugée erratique et un manque de transparence criant, l’institution dirigée par Patrice Motsepe semble naviguer dans une zone de turbulences où les intérêts sportifs du continent passent trop souvent après les calculs diplomatiques internationaux.
Le calendrier de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), joyau du patrimoine sportif continental, est devenu le symbole de ce désordre organisé. Reportée, décalée, puis soumise aux desiderata des clubs européens et des instances mondiales, la compétition phare perd de sa lisibilité et de sa superbe. Plus inquiétant encore, l’avenir du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN), dédié aux joueurs locaux, s’inscrit désormais en pointillés. Cette fragilisation des compétitions domestiques au profit d’un calendrier globalisé laisse craindre une disparition pure et simple des plateformes d’expression pour les talents du cru, au grand dam des supporters et des observateurs techniques. « À force de vouloir plaire à la FIFA, la CAF risque de perdre son âme et la confiance de ses mandants. » — Un expert du football africain sous couvert d’anonymat.Cette dérive soulève le débat brûlant de la subordination de la CAF envers la FIFA. Pour de nombreux critiques, l’instance africaine n’est plus qu’une chambre d’enregistrement des volontés de Gianni Infantino, utilisée comme un réservoir de voix massif en échange d’un accompagnement financier sous perfusion. Cette influence se traduit par des réformes structurelles qui, loin de renforcer les championnats nationaux, semblent prioriser les projets de Super Ligue ou d’autres formats lucratifs pensés hors du continent.
La souveraineté décisionnelle de l’Afrique sur son propre football n’a jamais paru aussi érodée.L’heure du sursaut a-t-elle sonné ? Si la CAF veut retrouver sa crédibilité et sa fonction première de moteur du développement panafricain, elle devra impérativement s’affranchir de cette image d’élève sous tutelle. La restauration d’une gouvernance autonome, capable de protéger ses calendriers et de valoriser ses infrastructures sans attendre l’aval de l’étranger, est la condition sine qua non pour éviter le naufrage. Le match de la légitimité se joue maintenant, et les dirigeants africains devront choisir entre rester les exécutants d’une vision globale ou redevenir les architectes de leur propre destin sportif.


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