L’arrêt du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) n’est pas une simple péripétie de calendrier, c’est le symptôme d’une gouvernance en quête de vision. Pour Remy Ebanega, ancien international gabonais, cette décision révèle un déficit de stratégie et de création de valeur au sein de la Confédération africaine de football (CAF). Dans une logique de management moderne, toute compétition est un actif qui doit répondre à des objectifs de rayonnement et de revenus.
Supprimer ce produit sans bilan structuré suggère une organisation plus focalisée sur l’exécution d’événements que sur la construction d’un patrimoine sportif durable.La promesse initiale du CHAN était pourtant limpide : offrir une vitrine aux talents locaux. Son abandon, sans mécanisme compensatoire, laisse un goût amer et renforce l’idée que la CAF s’aligne davantage sur les standards d’un football « globalisé » que sur les réalités du continent. Dans ce schéma, l’Afrique reste un simple réservoir de talents exportables vers l’Occident plutôt qu’un espace de captation de valeur. Cette déconnexion prive les ligues nationales, les clubs et les marques locales d’un levier de croissance essentiel pour stabiliser leur propre modèle économique.
« La CAF doit passer d’une logique « organiser pour exister » à une logique « concevoir pour développer »», Remy Ebanega, ancien international gabonais.Pour redresser la barre, la stratégie de la CAF devrait désormais s’articuler autour de deux piliers majeurs. Le premier consiste à renforcer l’attractivité et l’autonomie des ligues africaines. Il s’agit d’accompagner les championnats pour stabiliser leur gouvernance, leur diffusion et leur commercialisation, afin de rendre les carrières locales économiquement viables. L’objectif est de freiner l’exode précoce des joueurs en créant des produits sportifs capables de séduire investisseurs et sponsors directement sur le sol africain.
Enfin, la conception des compétitions doit sortir du simple « copier-coller » des modèles occidentaux. Chaque tournoi devrait être pensé comme un produit sur mesure, ancré dans l’écosystème africain et tenant compte des contraintes logistiques et sécuritaires locales. L’enjeu pour le football continental est de transformer l’Afrique d’un vivier exportateur en un marché de consommation robuste. Le premier marché du football africain est en Afrique, et c’est en valorisant ses propres actifs que la CAF pourra enfin transformer son potentiel en une véritable puissance économique.


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