Entre « dette bavarde » et « dette utile », le débat politique gabonais se déplace désormais sur le terrain de la matérialité. Alors que l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze multiplie les critiques sur la gestion financière du pays, ses détracteurs dénoncent l’héritage d’une ère où la virtuosité oratoire aurait servi d’alibi à une inaction infrastructurelle chronique.
Le crépuscule d’un système de parole:
Pendant des décennies, la scène politique nationale a été dominée par une catégorie d’acteurs dont le talent principal résidait dans la maîtrise du verbe. Alain-Claude Bilie-By-Nze, figure de proue de cette « aristocratie du discours », incarne pour beaucoup cette époque où l’éloquence tenait lieu de politique publique. Pour ses contempteurs, cette période a été marquée par une déconnexion profonde entre le luxe des apparatchiks — résidences cossues et privilèges multiples — et la précarité des populations. Cette « dette lyrique », contractée sans chantiers lisibles ni bénéfices tangibles, est aujourd’hui pointée du doigt comme le vestige d’un modèle où le confort personnel primait sur l’investissement productif.Face aux critiques sur l’endettement actuel, une nouvelle doctrine semble s’imposer : celle de la légitimité par l’impact. L’idée est simple : s’endetter n’est pas un péché politique si l’emprunt accouche de routes praticables, d’hôpitaux fonctionnels et de services accessibles. Contrairement à la dette opaque des années passées, qui ne laissait derrière elle que des plaidoiries vaines, la stratégie actuelle mise sur la visibilité immédiate. Pour les partisans de cette approche, la dette n’est plus un fardeau comptable mais un levier de souveraineté, dès lors qu’elle se transforme en infrastructures opérationnelles que « l’œil qui voit ne peut nier ».
Le paradoxe de l’Ogooué-Ivindo:
Le cas de Makokou illustre de manière cinglante ce choc des méthodes. Dans cette province longtemps reléguée aux oubliettes du développement malgré le poids politique de ses représentants d’hier, le changement de paradigme est frappant. Là où régnait autrefois un abandon justifié par de savants slogans, surgissent désormais des banques, des supermarchés modernes et des structures de santé rénovées. Pour les populations locales, le constat est cruel pour l’ancien régime : pourquoi ces réalisations élémentaires étaient-elles impossibles hier avec les mêmes ressources ? Le réel, dans sa brutalité, déconstruit ici des années de promesses non tenues.Le débat sur la durée nécessaire à la transformation du pays révèle une fracture profonde.
Pour les défenseurs du renouveau, le temps de l’action ne peut plus être sacrifié sur l’autel des calculs politiciens. Si l’éloquence masquait autrefois l’inertie, la rigueur des résultats impose aujourd’hui un rythme que les anciens ténors peinent à suivre. En définitive, le Gabon semble vouloir clore le chapitre d’une gestion où l’on dormait bien au sommet pendant que le pays attendait tout. La réhabilitation de l’évidence politique — emprunter pour transformer — marque peut-être la fin d’une époque où la nostalgie des mots tentait de faire oublier l’absence d’actes.


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