Sur les pelouses continentales, la rivalité entre Dakar et Rabat ne se limite plus à une simple quête de trophées, elle illustre désormais une guerre d’influence feutrée au sommet du football africain. Alors que les Lions de la Teranga imposent une suprématie physique et tactique indéniable, le Royaume chérifien semble avoir déplacé le centre de gravité de la confrontation vers les instances décisionnelles. Cette stratégie, perçue par certains observateurs comme une volonté de s’octroyer par la diplomatie ce que le terrain lui refuse, crispe les relations entre les deux géants du football ouest et nord-africain.Dans les couloirs feutrés du Caire et de Zurich, l’activisme de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) interpelle autant qu’il fascine.
En multipliant les partenariats stratégiques et en investissant massivement dans des infrastructures de classe mondiale, le Maroc s’est rendu indispensable aux yeux de la CAF et de la FIFA. Cette proximité assumée avec les cercles de pouvoir nourrit les soupçons d’un arbitrage institutionnel favorable, où le prestige d’une nation « locomotive » pourrait peser plus lourd dans la balance que les performances sportives pures de ses concurrents directs.Pour le Sénégal, champion sur le rectangle vert mais moins influent dans les commissions techniques, le sentiment d’une injustice structurelle commence à poindre. Les supporters et les officiels sénégalais observent avec une méfiance croissante ce qu’ils qualifient de « tapis rouge » déroulé pour le Maroc. Entre choix des sièges des compétitions et nominations arbitrales discutées, l’idée d’un titre promis ou facilité par des soutiens extérieurs entache l’image d’une compétition censée célébrer le mérite.
Cette tension cristallise le fossé entre une nation qui mise sur son réservoir de talents et une autre qui joue la carte de l’institutionnalisation à outrance.Au-delà de la simple polémique de vestiaire, c’est la crédibilité même du football africain qui se joue. Si la bénédiction des instances internationales est perçue comme un passe-droit pour s’adjuger les honneurs, le risque d’un désaveu populaire est réel. Le Maroc, dans sa quête de leadership, doit désormais prouver qu’il peut transformer ses ambitions politiques en victoires sportives incontestables. À l’approche des prochaines échéances majeures, le duel à distance entre l’efficacité sénégalaise et l’influence marocaine servira de baromètre à la transparence d’une discipline où le sifflet final ne devrait appartenir qu’à l’arbitre, et non aux diplomates.


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