Alors que la nouvelle génération d’enseignants privilégie le dialogue avec les autorités de la République, d’anciennes figures du syndicalisme, sorties de leur retraite, tentent un retour en force. Entre quête de prébendes et guerre d’ego, décryptage d’un opportunisme qui ne dit pas son nom.Dans les annales de la lutte sociale au Gabon, il est des retours qui ressemblent davantage à des hantises qu’à des résurrections. Tandis que le mouvement des jeunes enseignants commence à récolter les fruits d’une méthode fondée sur le dialogue avec le gouvernement, on voit ressurgir des visages que l’on croyait définitivement rangés au rayon des archives : les retraités du syndicalisme.
Pourquoi ces « ombres » du passé reviennent-elles hanter les préaux aujourd’hui ?
La question mérite d’être posée avec la froideur d’une analyse clinique.Le mirage de la « manne » présidentielle:Pour les observateurs avertis de la scène librevilloise, la réponse ne souffre aucune ambiguïté. Derrière les grands principes de solidarité intergénérationnelle se cache une mécanique de positionnement bien huilée. L’objectif ? Se rappeler au bon souvenir du Palais du Bord de mer. Dans l’esprit de ces anciens leaders, chaque table de négociation est une opportunité de « per diem » et chaque crise, le prélude à un appel au sommet de l’État.Leur logiciel n’a pas évolué : ils refusent de passer le témoin. Pour eux, la jeunesse peut marcher, certes, mais elle doit le faire dans leur sillage, avec leurs mots et, surtout, sous leur signature. Un mouvement qui gagne sans leur onction est vécu comme un crime de lèse-majesté.Le contraste est saisissant. D’un côté, une relève qui arrache des solutions concrètes par la méthode ; de l’autre, des « fossiles » qui tentent de s’approprier les victoires d’autrui.
Ils s’érigent en sauveurs, annoncent la non reprise des cours à la place des intéressés et tentent de prouver aux autres centrales syndicales qu’ils restent les seuls maîtres du jeu.Pourtant, le bilan de ces acteurs sous l’ancien régime est éloquent : des années de grèves à répétition pour des résultats souvent dérisoires pour la base, mais fructueux pour les sommets. L’ironie est suprême lorsqu’ils invoquent aujourd’hui le « capital humain ». Ce sont les mêmes qui, hier, percevaient discrètement des enveloppes sous les gouvernements successifs, sans jamais penser à redistribuer ces largesses au collectif.
Le temps de « Papa Omar » est révolu:
L’époque de l’argent facile et des « mallettes » distribuées pour calmer les ardeurs est terminée. Pourtant, ces vétérans semblent encore espérer des avantages anachroniques : logements prioritaires pour retraités, véhicules à taux zéro et rétroactivité de primes qu’ils n’ont pas défendues sur le terrain.« Ce combat n’est pas pour l’enseignant, mais pour une nomination, un retour aux affaires, un poste perdu qu’ils cherchent à reconquérir. » Le message envoyé à la jeune garde enseignante est clair : attention à la manipulation. L’histoire du syndicalisme gabonais regorge de « noyaux durs » infiltrés et de luttes confisquées au profit d’enrichissements personnels. En invoquant les fantômes de figures passées, les contempteurs de cette vieille garde mettent en garde contre le recyclage de pratiques d’un autre âge.Dans ce Gabon de la « Cinquième République », l’enseignement mérite mieux que ce théâtre d’ombres. La question reste entière : la nouvelle génération saura-t-elle s’affranchir définitivement de ces tuteurs encombrants pour bâtir son propre destin ?


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