À Libreville, l’appel à candidatures pour le poste de sélectionneur national a provoqué un véritable séisme administratif : plus de 600 dossiers ont atterri sur le bureau de la Fédération Gabonaise de Football (Fegafoot). Cet afflux massif de CV, venus des quatre coins du globe, témoigne moins de l’attractivité sportive de la sélection que de la réputation de « poule aux œufs d’or » du contrat fédéral. Dans le microcosme du football continental, le poste est perçu comme l’un des plus lucratifs, garantissant au futur heureux élu de rejoindre le cercle très fermé des techniciens les mieux rémunérés d’Afrique.L’histoire récente des Panthères plaide en faveur de cette lecture purement comptable.
De José Antonio Camacho à Patrice Neveu, en passant par Paolo Duarte, le passage sur le banc gabonais s’est systématiquement transformé en une opération financière hautement fructueuse pour ces techniciens. En décaissant des émoluments souvent déconnectés des résultats sur le terrain, l’État a fini par installer une certitude chez les agents de joueurs et les « vendeurs d’illusions » : le Gabon est une destination où la fortune se bâtit plus vite que le palmarès. Cet engouement démesuré devrait donc inciter à la prudence plutôt qu’à l’autosatisfaction.Derrière cette « course aux millions », une question de fond subsiste : quelle est la réelle capacité de ces candidats à bâtir une équipe compétitive pour la prochaine CAN ? La quantité ne faisant pas la qualité, la Fegafoot se retrouve face à un défi de discernement majeur. Si l’argent semble être le principal moteur de cet appétit soudain, l’expertise tactique et la connaissance du vivier local restent souvent les parents pauvres des projets présentés. Le risque est grand de voir une nouvelle fois le budget national englouti par un profil prestigieux mais dénué de vision à long terme.
L’exemple de la Zambie, sacrée championne d’Afrique avec un effectif quasi méconnu mais doté d’une cohésion à toute épreuve, devrait pourtant servir de boussole aux autorités de Libreville. Le succès en football ne s’achète pas à coups de chèques mirobolants, il se construit par le travail de fond et l’amour du maillot. Pour les Panthères, l’enjeu n’est plus de trouver le coach le plus cher du marché, mais celui qui saura transformer un groupe de talents individuels en une machine de guerre collective. Sans un changement de paradigme dans le choix du sélectionneur, le Gabon continuera de faire courir les mercenaires du sifflet au détriment de l’ambition sportive nationale.


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