C’est un secret de polichinelle qui fragilise les fondations de l’école républicaine. Partagés entre leurs obligations dans le secteur public et l’attrait financier des établissements privés, de nombreux enseignants délaissent les salles de classe de l’État. Un « vagabondage » pédagogique qui se fait au détriment direct des élèves les plus modestes.Dans les couloirs du ministère de l’Éducation nationale, le sujet est brûlant. Alors que les syndicats et collectifs comme « SOS Éducation » multiplient les exigences envers l’État, une question plus taboue émerge dans l’opinion publique : celle de la déontologie et de la responsabilité individuelle des enseignants.
Le public comme « assurance », le privé comme « business »:
Le phénomène est bien rodé. De nombreux professeurs, pourtant intégrés à la Fonction publique et rémunérés par le contribuable, limitent leur présence au strict minimum dans les lycées et collèges d’État. L’objectif ? Conserver une sécurité de l’emploi et une couverture sociale, tout en courant les vacations dans le secteur privé, jugé plus lucratif. -Absentéisme chronique dans les établissements publics sous couvert de « réunions syndicales » ou de soucis de santé. -Énergie décuplée dès qu’il s’agit de dispenser des cours dans les instituts privés prestigieux de Libreville ou d’Akanda. -Un déséquilibre flagrant : les classes de 80 élèves du public héritent de professeurs épuisés par leurs heures supplémentaires effectuées ailleurs, quand ils ne sont pas simplement absents.
Les apprenants du public : les sacrifiés du système
Cette quête effrénée du gain immédiat crée une éducation à deux vitesses. Les enfants des familles n’ayant pas les moyens de s’offrir le privé se retrouvent avec des programmes inachevés et des lacunes béantes. Pour ces élèves, le « droit à l’éducation » devient une notion abstraite, balayée par le pragmatisme financier de leurs maîtres.« Comment peut-on réclamer des meilleures conditions de travail tout en sabotant soi-même son outil de travail principal ? », s’interroge un représentant d’une fédération de parents d’élèves.
Une responsabilité professionnelle en question:
Si les insuffisances de l’État en matière d’infrastructures sont réelles, elles ne sauraient justifier la rupture du contrat moral qui lie l’enseignant à son élève. La profession d’enseignant, souvent qualifiée de sacerdoce, semble pour certains s’être transformée en une simple prestation de services au plus offrant.Le silence des organisations syndicales sur ce « vagabondage » interne pose également question. En protégeant corporatistement les brebis galeuses, elles risquent de décrédibiliser l’ensemble des revendications légitimes du secteur.
Pour la Ve République, le chantier de la restauration des institutions passe inévitablement par une moralisation du corps enseignant. Des contrôles de présence plus rigoureux et des sanctions administratives à l’encontre des « multicartes » indélicats sont désormais réclamés par une partie de la société civile.L’avenir de la nation gabonaise ne pourra se construire tant que le service public sera considéré comme une simple variable d’ajustement par ceux-là mêmes qui ont la charge de former l’élite de demain.


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