À Libreville, le silence numérique imposé par la Haute Autorité de la Communication (HAC) n’est plus seulement perçu comme une mesure technique, mais comme le prologue d’une révolution sociétale. Si les conséquences économiques sont réelles, une partie de l’opinion et de nombreux experts y voient un acte de « salubrité publique ». Pour les partisans de la mesure, le Gabon vient de siffler la fin de la récréation. Face à la prolifération des sextapes, des appels à la haine et du « bad buzz » permanent, cette déconnexion agit comme un sevrage forcé destiné à purger une sphère publique numérique jugée devenue toxique. L’objectif affiché est clair : restaurer les mentalités pour mieux bâtir la nation.Le constat dressé par les observateurs de la vie sociale gabonaise est sans appel : l’immaturité numérique et l’anarchie du « tout permis » commençaient à éroder les fondements mêmes de la cohésion nationale. Entre clonages de pages institutionnelles et lynchages médiatiques, la distraction l’emportait systématiquement sur la construction. En suspendant l’accès aux réseaux sociaux, le pays semble vouloir décréter une période d’introspection collective. Pour certains sociologues, il s’agit d’une rupture historique, une volonté de sortir du divertissement stérile pour réorienter l’énergie de la jeunesse vers les chantiers de la restauration du pays.
Cette « pilule amère », difficile à avaler pour une génération hyperconnectée, est présentée comme le prix à payer pour rehausser le niveau du débat national. Défendre l’indéfendable sous couvert de liberté d’expression n’est plus à l’ordre du jour. En s’attaquant de front aux dérives morales, le pouvoir gabonais marque sa détermination à ne plus laisser les algorithmes dicter les mœurs de la cité. Cette pause numérique offre une opportunité inédite : redéfinir les règles du jeu, codifier l’utilisation des plateformes et instaurer une culture de la responsabilité individuelle là où régnait jusqu’ici l’anonymat destructeur.Le pari est immense. Il ne s’agit pas seulement de couper un signal, mais de rééduquer le regard des citoyens sur l’outil numérique. Si cette suspension parvient à jeter les bases d’un nouveau contrat social digital, elle pourrait faire du Gabon un laboratoire pour d’autres nations africaines confrontées au chaos des réseaux sociaux. La question qui brûle toutes les lèvres à Libreville reste cependant celle du « service après-vente » : comment rouvrir la fenêtre sur le monde sans laisser rentrer les mêmes démons, et comment transformer cette discipline imposée en une vertu durablement acquise ?
Le laisser-aller digital : un danger pour une jeunesse abandonnée à elle-même?
À Libreville, la suspension des réseaux sociaux ne se lit plus comme une simple parenthèse technique, mais comme une ligne rouge tracée au nom de la dignité humaine. Face à ce que les autorités décrivent comme un « déversoir de haine », le Gabon a choisi la méthode forte pour stopper une érosion des valeurs jugée critique. Lorsque l’écran devient le théâtre de l’humiliation systématique, de la diffusion de l’intimité et de la mise à mort sociale, l’État estime qu’il ne s’agit plus de réguler un outil, mais de protéger l’intégrité morale de ses citoyens.C’est un choix de souveraineté comme en Chine et en France avec Tik Tok: celui de ne pas laisser l’anarchie digitale dicter le Code civil d’une nation en pleine mutation.Le constat est amer pour les chantres de la liberté totale : l’espace numérique gabonais s’était progressivement mué en une zone de non-droit où le « tout-permis » l’emportait sur le respect de la personne. Entre sextapes instrumentalisées et lynchages coordonnés, la dérive n’était plus seulement politique, elle était anthropologique.
Pour les partisans de la mesure, l’État est dans son rôle lorsqu’il s’érige en rempart contre des algorithmes qui privilégient le choc à l’éthique. Cette suspension est donc présentée comme une pause thérapeutique, un sevrage nécessaire pour une société dont la boussole morale semblait s’affoler au rythme des « clics » et des « partages » destructeurs.Cette « restauration des mentalités », érigée en priorité nationale, suppose une reprise en main sans concession.Le message envoyé par la HAC est limpide : la liberté d’expression n’est pas un permis de déshumaniser. En coupant le signal, le pouvoir librevillois entend siffler la fin de la distraction stérile et de l’immaturité qui freinent l’élan de construction du pays. Pour de nombreux experts, il s’agit d’une révolution de la responsabilité ; une manière de rappeler que derrière chaque avatar se trouve un citoyen soumis aux lois de la République et aux exigences de la décence commune.Pourtant, cette déconnexion soulève un défi immense pour demain : celui de la réouverture. Comment reconstruire un espace numérique sain sans tomber dans la surveillance permanente ? Le Gabon se trouve à la croisée des chemins, cherchant à définir un modèle où la modernité technologique ne se ferait pas au prix du sacrifice de la dignité. Le succès de cette mesure ne se mesurera pas à la durée du silence, mais à la capacité des Gabonais à réinvestir les réseaux sociaux avec une éthique renouvelée, faisant du digital un levier de progrès plutôt qu’un instrument de déshonneur.
Une autodestruction collective qui entrave les efforts de la Ve République
C’est un écran noir qui résonne comme un coup de tonnerre dans le ciel numérique gabonais. Depuis le 17 février, la Haute Autorité de la Communication (HAC) a ordonné la suspension « jusqu’à nouvel ordre » des plateformes du géant Meta — Facebook, Instagram et WhatsApp — ainsi que de TikTok. Officiellement, Libreville invoque une salubrité publique digitale nécessaire face à une déferlante de « fake news », de contenus diffamatoires et d’appels à la haine qui menaceraient la cohésion nationale. Pour Jennyfer Mélodie Sambat, porte-parole adjointe de la présidence, il s’agit d’une mesure de souveraineté visant à contraindre la multinationale de Mark Zuckerberg à s’asseoir à la table des négociations pour mieux réguler un espace devenu, selon les autorités, un catalyseur de désordre social.Pourtant, dans les travées du pouvoir comme dans les salons feutrés de la capitale, cette radicalité interroge. Si le palais du Bord de mer assure que l’économie réelle peut se passer des « likes » pour prospérer, la réalité du terrain est plus nuancée : du petit commerce de quartier aux start-up de la « Silicon Vallon », tout un écosystème repose sur la connectivité de WhatsApp.
Ce tour de vis numérique intervient surtout dans un climat social électrique, marqué par des mouvements de grève dans la fonction publique et une impatience croissante des populations face au coût de la vie. En privant les Gabonais de leurs principaux canaux d’expression, le régime s’offre un répit médiatique, mais prend le risque de transformer une frustration digitale en une colère bien réelle, loin des algorithmes.À l’échelle du continent, le cas gabonais ravive le débat sur la difficile cohabitation entre les régimes africains et les Big Tech. En adoptant cette stratégie de la rupture, Brice Clotaire Oligui Nguema teste la résilience de son modèle de gouvernance face à une opinion publique ultra-connectée. Reste à savoir qui, de Libreville ou de Menlo Park, pliera le premier. Si le gouvernement espère une reddition de Meta aux exigences locales, les usagers, passés maîtres dans l’art du contournement via les VPN, rappellent déjà que dans le Gabon de 2026, on ne bâillonne pas la toile aussi facilement qu’on ferme une frontière.
Une décision essentielle pour fixer le cap
Le Gabon franchit une étape symbolique dans sa quête de régulation de l’espace numérique. La Haute Autorité de la Communication (HAC) a récemment suspendu l’accès aux réseaux sociaux, une décision forte motivée par la volonté de protéger la jeunesse gabonaise contre la désinformation et l’exposition à des contenus inappropriés. Melodie Jennyfer Sambat, porte-parole adjointe de la présidence, a précisé que ce « recadrage » vise à instaurer un cadre légal protecteur, tout en encourageant le développement de plateformes nationales, affirmant ainsi une ambition de souveraineté technologique sans précédent pour le pays.Au-delà de la sphère numérique, ce tournant s’inscrit dans une stratégie globale de diversification économique portée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema. Fort d’une légitimité consolidée lors du scrutin d’avril 2025, le chef de l’État entend réduire la dépendance du Gabon aux industries extractives, qui représentent encore la moitié du PIB.
L’objectif est clair : transformer localement les ressources naturelles, comme le manganèse, et atteindre l’autosuffisance alimentaire d’ici 2029, notamment par l’interdiction programmée des importations de volailles.Cette nouvelle orientation, bien que critiquée par une partie de l’opposition qui y voit un risque pour les libertés démocratiques, mise sur des partenariats internationaux équilibrés et un soutien accru à l’entrepreneuriat local. En s’appuyant sur des institutions comme la Banque de l’Entrepreneuriat (BCEG), Libreville espère insuffler une dynamique de croissance durable. Le pari est audacieux : réinventer le modèle gabonais en conjuguant sécurité numérique, souveraineté économique et développement inclusif, pour faire du « Gabon Nouveau » une réalité tangible sur la scène continentale.


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