Dans les quartiers de la capitale gabonaise, le retour des délestages sauvages ne se traduit pas seulement par des soirées à la bougie, mais par un inventaire de plus en plus lourd pour le portefeuille des ménages. Réfrigérateurs grillés, téléviseurs hors d’usage et équipements professionnels réduits au silence : le « Grand Libreville » vit au rythme d’une électricité capricieuse qui ne prévient pas avant de frapper. Derrière les communiqués laconiques évoquant des incidents techniques ou des niveaux de barrages insuffisants, se pose une question de droit devenue inévitable : qui doit assumer la facture des dommages matériels subis par les usagers ?Pour la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG), la période est celle de toutes les fragilités.
Engluée dans des défis de maintenance chronique et une dette structurelle, l’entreprise semble incapable de garantir la stabilité de la tension, transformant chaque rétablissement de courant en une loterie dangereuse pour les circuits domestiques. Si le contrat de concession prévoit théoriquement des mécanismes de responsabilité, le parcours du combattant imposé aux victimes pour obtenir réparation — entre expertises coûteuses et lenteurs administratives — décourage la majorité des sinistrés. Dans ce bras de fer entre un monopole défaillant et des abonnés captifs, l’absence de médiation efficace laisse le citoyen seul face à l’ardoise.L’impact économique de ces coupures dépasse largement le cadre des foyers. Pour les petits commerçants, artisans et gérants de PME, ces ruptures de charge sont synonymes de pertes de stocks alimentaires et de ralentissement brutal de l’activité. Alors que le pays aspire à une relance économique dynamique, le manque de fiabilité du réseau électrique agit comme un frein à la productivité nationale.
Le coût de l’inaction se mesure désormais en milliards de francs CFA, investis non pas dans l’innovation, mais dans le remplacement permanent de matériels détériorés par une instabilité énergétique que les investissements passés n’ont jamais réussi à juguler.Au-delà de la simple gestion technique, c’est le contrat de confiance entre l’État, le concessionnaire et le peuple qui s’étiole dans l’obscurité. Les Gabonais attendent désormais plus que des excuses ou des promesses de « retour à la normale » : ils réclament une justice de service public. La mise en place d’un fonds de dédommagement simplifié ou d’une assurance automatique liée à l’abonnement pourrait être une piste de sortie de crise. Car tant que la SEEG ne sentira pas le poids financier de ses défaillances, le gaspillage des équipements des citoyens restera, hélas, une variable d’ajustement comme une autre dans la gestion de la pénurie.


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