En confiant les rênes d’un super-ministère regroupant la Culture, les Sports et la Jeunesse à Paul Kessany, les autorités gabonaises ont fait le choix de l’expérience du terrain alliée à l’exigence de la performance. L’ancien capitaine des Panthères, habitué aux joutes des stades internationaux, change aujourd’hui de pelouse pour une arène politique autrement plus complexe. Ce portefeuille « stratégique », véritable baromètre de la vitalité sociale du pays, impose à son nouveau titulaire de transformer l’essai dans des secteurs souvent marqués par un manque de structuration et des attentes populaires à fleur de peau.Le volet sportif, terrain de prédilection de Kessany, sera son premier juge de paix.
Au-delà de la vitrine que représente l’équipe nationale de football, le défi réside dans la relance des championnats nationaux et, surtout, dans l’entretien des infrastructures héritées des grandes compétitions passées, dont beaucoup tombent en déshérence. Sa mission consistera à professionnaliser la gestion des fédérations et à rassurer les athlètes sur la régularité des primes et des encadrements. Pour l’ancien milieu de terrain, il ne s’agit plus de tacler l’adversaire, mais de dribbler les lourdeurs bureaucratiques qui freinent le rayonnement du sport gabonais à l’échelle continentale.Sur les fronts de la Culture et de la Jeunesse, le chantier est tout aussi vaste. La jeunesse gabonaise, qui représente plus de 60 % de la population, attend des signaux forts en matière d’insertion et de formation. Paul Kessany devra insuffler une dynamique de « diplomatie culturelle » capable de monétiser le patrimoine national tout en offrant des débouchés concrets aux industries créatives.
Le défi est de taille : transformer un ministère souvent perçu comme purement événementiel en un véritable levier de croissance économique, capable d’offrir des perspectives d’avenir à une génération en quête de repères et d’opportunités professionnelles.La réussite de Paul Kessany dépendra avant tout de sa capacité à obtenir les arbitrages budgétaires nécessaires dans un contexte de rigueur financière. Pour celui qui doit désormais coordonner des domaines aussi divers que le patrimoine ancestral et la haute performance athlétique, l’enjeu est de prouver que la jeunesse et la culture ne sont pas des variables d’ajustement, mais les piliers de la refondation sociale. S’il parvient à imposer sa méthode faite de discipline et de résultats, l’ancien capitaine pourrait bien devenir le chef d’orchestre d’une renaissance symbolique que le peuple gabonais appelle de ses vœux.


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