L’image a provoqué une onde de choc sur la toile ivoirienne et bien au-delà des frontières de la lagune Ébrié. Papa Fortuné, véritable monument du cinéma ivoirien et africain, dont le talent a bercé des générations de cinéphiles, vit aujourd’hui dans un dénuement qui interroge cruellement la reconnaissance due aux artistes. Installé dans une modeste demeure à Bingerville, l’acteur, qui a tant donné au rayonnement culturel du pays, incarne malgré lui le destin précaire de nombreuses gloires du petit écran.
En plein mois de Ramadan, période de partage et de dévotion, un appel à la solidarité a été lancé, exhortant chrétiens et musulmans à se mobiliser pour offrir une fin de vie digne à cette légende vivante.La réponse de la « famille » du divertissement ne s’est pas fait attendre, avec en tête de file Le Molare. Le patron de M. Group a frappé fort en injectant 2 millions de FCFA dans la cagnotte destinée à l’achat d’une maison pour l’acteur. Cet effet d’entraînement a suscité une mobilisation numérique sans précédent : en seulement une heure, plus de 7 millions de FCFA ont été collectés via les plateformes de paiement mobile et de crowdfunding. Des personnalités comme Amara Bamba, avec une contribution de 200 000 FCFA, ont rejoint ce mouvement de générosité qui transforme chaque petit geste, dès 50 FCFA, en un acte de restauration de la dignité humaine.
Cette « mission pour Fortuné » soulève une nouvelle fois la question épineuse du statut de l’artiste en Afrique de l’Ouest et de l’absence de filets de sécurité sociale pour les anciennes gloires. Si la solidarité populaire, portée par des outils comme Tikerama, permet aujourd’hui de pallier l’urgence, elle souligne aussi le besoin de réformes structurelles dans l’industrie culturelle. Pour l’heure, l’émotion l’emporte sur la politique : les larmes de joie des organisateurs témoignent d’une Côte d’Ivoire capable de s’unir autour de ses symboles. Le succès de cette cagnotte n’est pas seulement une victoire financière, c’est un message puissant envoyé à tous ceux qui font l’histoire du cinéma africain : ils ne sont pas oubliés.


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