Le 23e étage de la tour Caistab, antre du puissant Conseil café-cacao (CCC) à Abidjan, est devenu l’épicentre d’un bras de fer qui fragilise le premier producteur mondial de fèves. Alors que la campagne intermédiaire s’ouvre sous haute tension, l’heure est au règlement de comptes entre le régulateur et l’interprofession (OIA-café-cacao). Au cÅ“ur de la discorde : la gestion du stock invendu de la campagne principale, soit 100 000 tonnes que l’État s’est engagé à racheter au prix fort de 2 800 FCFA le kilo.
Un effort financier colossal qui, sur le terrain, peine à se concrétiser, révélant des failles béantes dans le système de commercialisation intérieure.Le divorce semble consommé entre Marc-Daniel Bouabré, secrétaire général de l’interprofession, et Yves Brahima Koné, le patron du CCC. Le premier accuse ouvertement le régulateur de bloquer la validation des connaissements, empêchant l’écoulement de milliers de tonnes de cacao pourtant prêtes à être injectées dans le circuit. « Les engagements ne sont pas respectés », martèle Bouabré, pointant du doigt une remise en cause des stocks convenus lors de l’accord du 1er mars. Face à ces assauts, le « Monsieur Cacao » d’Abidjan s’enferme dans un silence prudent, laissant planer un doute sur la capacité réelle du Conseil à éponger les surplus sans déstabiliser les équilibres précaires de la filière.Pour les coopératives, l’asphyxie est proche. Sur le terrain, l’inquiétude des patrons de structures agricoles, à l’instar d’Assane qui croule sous 800 tonnes d’invendus, vire à l’angoisse.
Sans une intervention rapide et transparente de l’État, le spectre d’une faillite en cascade des sociétés coopératives menace de paupériser davantage des planteurs déjà éprouvés. Le cacao, poumon économique du pays, se transforme en boulet financier pour des milliers de familles dont la survie dépend de la fluidité des exportations et du respect des prix garantis.L’affaire prend désormais une tournure politique majeure. L’OIA-café-cacao a annoncé son intention de saisir directement Téné Birahima Ouattara. Le vice-Premier ministre et frère du chef de l’État, véritable tour de contrôle de l’exécutif ivoirien, est appelé à la rescousse pour arbitrer ce conflit qui menace la paix sociale dans les zones forestières. En dépêchant le « Photocopieur » pour éteindre l’incendie, la présidence ivoirienne confirme que la crise du cacao n’est plus une simple question technique, mais un enjeu de sécurité nationale à l’approche des prochaines échéances électorales.


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